L’équipe du Projet Handicap de BNP Paribas a organisé mardi 17 mars des ateliers de sensibilisation au handicap sensoriel pour les collaborateurs du groupe.
Mais à quoi cela peut-il servir ? A qui ces ateliers s’adressent-ils ? Et dans quel but ?
Pour ne pas rester sur des questions sans réponse, j’ai décidé de m’y rendre non pas sans quelques petites appréhensions.
L’association Paul Guinot proposait des actions de sensibilisation à la déficience visuelle.
Dans le premier atelier, dit de « basse vision », j’ai essayé plusieurs paires de lunette qui m’ont permis de me retrouver avec différentes pathologies de la vue. Exercice pas facile : perte de repères, déséquilibre, perte de la perception des couleurs, du relief…
Pourtant, il faut savoir que selon les déficiences visuelles, plusieurs aides techniques sont proposées aux personnes malvoyantes : une loupe traditionnelle ou électronique, un rétroprojecteur, des logiciels informatiques…
Dans le 2ème atelier, je me suis exercée avec l’aide d’une personne aveugle à l’alphabet braille sur une machine à écrire le braille : un exercice laborieux qui demande beaucoup de concentration. Là encore de nombreux outils permettent aux personnes non voyantes de travailler : un agenda électronique braille, un logiciel informatique vocal avec un clavier supplémentaire en braille (envoi et réception de mails, parcourir des sites Internet, imprimantes braille avec des logiciels de traduction…). Une grande leçon d’humilité…
Et ce n’était pas fini pour moi, j’allais rencontrer les experts de Tadeo.
Dans un premier temps, l’apprentissage de la langue des signes avec Bruno, formateur chez Tadeo : une langue de signes et de gestes, imagée et poétique.
Dans un second temps, la démonstration du TadeOpérateur : plateforme de communication entre personnes malentendantes ou sourdes et entendantes. C’est un système de traduction en simultané à l’aide d’une webcam, qui permet au collaborateur handicapé : de dialoguer avec ses collègues, de suivre une réunion d’équipe ou à l’extérieur, de pouvoir téléphoner ou recevoir des appels… Cela vous semble évident ? Et bien pour eux, c’est une révolution dans leur façon de travailler.
Un procédé universel qui permet de donner les mêmes chances aux malentendants en entreprise.
Voilà, 2 heures écoulées et je n’ai pas vu le temps passer. En conclusion, il y a aujourd’hui des outils technologiques performants qui permettent de faciliter l’intégration des personnes souffrant d’un handicap sensoriel dans les entreprises, leur donnant plus d’autonomie et favorisant la communication avec leurs collaborateurs valides. Cependant, de nombreux efforts sont encore à faire surtout dans l’acceptation des différences et le combat contre les préjugés.















Une initiative intelligente ! J’ai fait ces ateliers avec beaucoup de curiosité et aussi un peu pour vaincre mon appréhension du handicap. Je ne connais pas donc ça m’inquiète.
J’ai trouvé le test des lunettes déroutant. Perte d’équilibre, de repère, isolement… Je me suis vite sentie nerveuse mais ai apprécié l’aspect pédagogique : les troubles de la vue sont nombreux et ne provoquent pas tous les mêmes gênes. Petit faisceau lumineux dans le noir, ombres, flou permanent et taches sombres qui empêchent la perception des visages, des couleurs, des dangers. Inquiétude modérée par les nouvelles technologies qui facilitent tout de même, un peu, l’accès à l’information.
J’ai trouvé le langage des signes amusants. Vous allez me dire : qui a-t-il d’amusant à devoir s’exprimer avec les mains ? Et bien – à part le fait que l’animateur, lui-même malentendant, a abordé le sujet de manière ludique -, c’est un moyen de communication très imagé qui demande un peu d’imagination et implique d’ailleurs que la personne utilise également son corps pour s’exprimer. Un exemple, le travail : taper les deux poings l’un au dessus de l’autre – si vous aimez votre travail, vous souriez, si vous le trouvez dur, vous froncer les sourcils et exprimez sur votre visage la souffrance, la fatigue ou le dégoût. Finalement, pourquoi restreindre ce langage aux malentendants ? Je me souviens qu’adolescente j’avais un langage codé pour parler avec mes copines de nos petits secrets.
En entreprise, les personnes ayant des collaborateurs sourds devraient recevoir quelques cours de langage des signes pour, au minimum, une communication de courtoisie : bonjour, ça va ?, merci, tu veux un café ?… Pour apprendre aussi à regarder dans les yeux et articuler quand on parle : si une personne sourde peut lire sur les lèvres, elle ne capte au mieux que 35% de l’information. Le reste, elle le recompose d’après son expérience, le contexte, et un peu d’imagination. Tout comme nous lorsque nous apprenons une langue étrangère.
Enfin, la dextérité et l’autonomie de la formatrice non-voyante devant son ordinateur m’ont sidérée. Elle avait d’ailleurs beaucoup d’humour et a bien ri lorsque j’ai maladroitement écrit Leflie au lieu de Leslie sur sa machine en braille. Pas évident !
Le handicap dérange parce qu’on ne sait pas ce que c’est. Comment faut-il agir avec une personne handicapée ? Faut-il redoubler d’efforts, de prévenance, de compassion ? Ou s’agit-il simplement d’être à l’écoute, comprendre la différence (ou du moins essayer) et surtout la respecter ?
Ces ateliers de sensibilisation m’ont décomplexée. Initiation réussie !