Cédric Sottiaux, collaborateur BNP Paribas Luxembourg, a bénéficié du programme Coup de Pouce aux projets du personnel de la Fondation BNP Paribas, pour son engagement auprès de l’association MOJOCA (Mouvement des Jeunes de la Rue au Guatemala). Créée en 1989, elle a pour objectif de favoriser l’éducation et l’insertion sociale et professionnelle des jeunes filles et des jeunes garçons dépourvus de ressource et condamnés à vivre dans les rues du Guatemala.

M.Lutte parmis le jeunes de MOJOCA

M.Lutte parmi les jeunes de MOJOCA

MOJOCA propose d’héberger et d’éduquer ces enfants, mais elle va plus loin, en leur proposant également différents services : des bourses d’étude, des formations professionnelles, un service psychologique, un service de santé, un service juridique…
Les études terminées, MOJOCA les prend en charge jusqu’au bout en les aidant à trouver du travail et un logement, le but étant de les rendre complètement indépendants.

M. Gérard Lutte, fondateur nous raconte l’histoire et la mission de MOJOCA.

Comment vous est venue cette idée, pourquoi le Guatemala ?
Professeur de psychologie, j’ai écrit un livre sur les enfants des rues au Guatemala, intitulé « Les enfants de la rue au Guatemala, Princesses et Rêveurs », L’Harmattan, 1997. Les enfants ont pris la parole eux-mêmes, ils ont raconté leurs histoires, ils étaient si attachants avec leur folle envie de vivre, leur intelligence, leur sensibilité… Ils ne se retrouvaient pas dans les institutions où on voulait les placer.
Après un dialogue avec eux, l’idée nous est venue de faire une association autogérée, basée sur l’amitié et pas sur une idée hiérarchique où ce sont les adultes qui commandent et les jeunes qui obéissent.

Cours collectif à MOJOCA

Cours collectif à MOJOCA

En quoi ce projet peut-il, à votre avis, s’inscrire dans le cadre du développement durable ?
Je crois que c’est un projet extrêmement important dans le cadre du développement durable parce que, un des problèmes qui a été mis en évidence par l’Organisation Internationale du Travail, c’est le chômage qui frappe les jeunes en Amérique Latine, et particulièrement en Amérique Centrale, où les écoles sont insuffisantes, pas assez développées. Donc, nous essayons par l’instruction et par la formation professionnelle, qu’ils deviennent des citoyens, qu’ils puissent participer au développement de leur pays. Nous pensons que maintenant l’investissement en Amérique Latine, et dans le monde, en général, doit prendre en considération avant tout les jeunes et la formation de ces jeunes. Si on laisse les jeunes, comme c’est le cas dans beaucoup de pays, sans travail, sans instruction, ils vont devenir un facteur de destruction de la société, donc, par la participation et la responsabilisation des jeunes, nous voulons participer au développement durable de ces sociétés.

Et pensez-vous que ce projet peut être pérenne ?

Le projet peut être pérenne de deux façons. La première façon, c’est que les jeunes eux-mêmes, qui ont eu une instruction, qui sont sortis de la rue, qui se sont réinsérés (nous en avons déjà plusieurs centaines), ont les moyens par eux-mêmes de subvenir à leurs besoins et d’aider les autres.
Et puis le deuxième moyen de la pérennité, c’est que nous formons des éducateurs, nous formons des jeunes qui sont capables de prendre en main des entités de l’association, ils ont de moins en moins besoin d’une aide extérieure.
Si les enfants reçoivent une bonne éducation, sans violence, et ont l’occasion de fréquenter l’école, nous pouvons les aider, nous pouvons casser le cercle vicieux qui fait que, lorsqu’on a été dans la rue, on y retourne facilement. Nous donnons un coup de pouce aux jeunes des rues, mais eux-mêmes peuvent nous aider à construire une société plus vivable, et donc, ce que nous leur donnons, ils nous le redonnent aussi, au centuple.