Javier Rodriguez, collaborateur BNP Paribas Espagne, Corporate Finance a récemment bénéficié d’une aide financière, dans le cadre du programme de responsabilité sociale d’entreprise « Apoyamos tus ideas », équivalent du programme Coup de Pouce de la Fondation BNP Paribas. Dans cet entretien, il nous parle de son expérience et de ce qui l’a personnellement motivé à rejoindre l’association Zabalketa.

Pouvez-vous présenter l’association dont vous faites partie ? Quelles sont ses principales activités, à quels problèmes se consacre-t-elle et à qui s’adresse-t-elle ?

Créée en 1990, l’association Zabalketa (mot basque signifiant « ouverture») a été fondée par l’association des anciens élèves de Gaztelueta, le lycée que j’ai fréquenté chez moi, à Bilbao. Il s’agit d’une organisation non gouvernementale axée sur l’enseignement et sur la sensibilisation aux projets internationaux de coopération en faveur du développement.

L’approche stratégique qu’adopte Zabalketa en matière de coopération implique de collaborer avec des partenaires au niveau local, ainsi qu’avec les bénéficiaires touchés par ces projets et d’adopter des changements durables en veillant à ce qu’ils aient un impact réel. Elle s’attache, en outre, à améliorer la responsabilisation et la capacité décisionnelle des femmes dans certaines régions sous-développées.

Parmi les projets récents, on peut citer la mise en œuvre de modèles de gestion des ressources rurales au Pérou, la promotion des valeurs démocratiques à Zamboanga, aux Philippines, la consolidation de la situation sociale et économique des communautés autochtones en Bolivie, ainsi qu’une offre intégrée de formation au développement pour les enfants de certains lycées de Bilbao.

Qu’est-ce qui vous a poussé, personnellement, à vous engager au sein de l’association Zabalketa ? Pouvez-vous nous parler des projets auxquels vous avez pris part ?

J’ai appris que certains de mes amis et des anciens élèves de mon lycée avaient travaillé pour Zabalketa ; j’étais moi-même désireux de consacrer du temps à ce type de coopération, mais je dois avouer que je n’avais jamais osé franchir le pas. Quoi qu’il en soit, au bout d’un moment, avant d’entamer mon MBA, j’ai changé d’avis, et décidé de consacrer une partie de mon temps à des projets de coopération internationale. Ce ne fut pas une décision facile à prendre – l’idée de travailler sur le terrain, et de manière autonome, était plutôt ambitieuse !

Mon travail consistait principalement à analyser l’état d’avancement de certains projets mis en œuvre dans diverses régions du Pérou (Lambayeque, Iquitos et Lima). J’avais essentiellement pour mission de rencontrer les équipes locales de gestion des projets, de passer en revue les budgets et de proposer des mesures correctives en cas de dérive.

Le projet de Lambayeque avait pour objectif de former jusqu’à 400 femmes à la gestion d’élevage de poulets, dans le but de favoriser la responsabilisation des femmes et de stimuler le développement économique global dans la région (notamment grâce à la vente des œufs produits dans ces fermes, le revenu des familles augmente).

À Iquitos, j’avais pour tâche d’évaluer deux projets distincts : le projet « el Huambrillo » (« jeune garçon » en Quechua), foyer pouvant accueillir jusqu’à 100 enfants et un fonds de microcrédit financé par l’un des principaux organismes financiers espagnols.

Parmi les projets de Lima, on peut citer une unité de soins de santé et un centre d’accueil pour femmes maltraitées.

L’exposition à une telle diversité de situations et de besoins humains fondamentaux insatisfaits m’a amené à penser que quelque chose n’allait pas, pas uniquement au Pérou, mais aussi dans les régions développées du monde !

Comment voyez-vous ces projets évoluer à l’avenir ? Diriez-vous qu’ils constituent une contribution au développement durable pour les populations qui en bénéficient ?

Je n’ai aucun doute quant à l’impact que ces projets ont eu sur les populations qui en ont bénéficiés. Si les projets eux-mêmes étaient limités dans le temps, il n’en va pas de même de leurs effets, aussi durables que la stratégie globale que Zabalketa adopte partout au Pérou.

Quels sont les principaux besoins de Zabalketa aujourd’hui et comment convient-il d’y répondre ?

Zabalketa est une ONG de taille moyenne ; ses besoins sont multiples. Comme je l’ai déjà dit, l’engagement volontaire de professionnels issus d’univers différents est essentiel au succès de l’association, en raison de la nature même de son approche du concept de coopération. En outre, elle a sans cesse besoin de nouveaux financements assurés par des dons privés réguliers, de même que d’initiatives telles que le programme « Apoyamos tus ideas » de BNP Paribas – lequel a permis la réalisation des projets susmentionnés.

Personnellement, je fais tout ce qui est en mon pouvoir pour sensibiliser l’opinion aux activités de Zabalketa : je fais passer le mot, je participe et contribue aux opérations de levée de fonds, je fais part de mon expérience aux personnes qui s’interrogent sur l’intérêt du bénévolat,…

Dans quelle mesure ce projet a-t-il incité d’autres personnes à se lancer dans l’aventure ?

D’une certaine manière, j’ai réalisé que si mon engagement était utile sur le terrain, il suscitait en outre beaucoup d’intérêt chez moi, en Espagne. Pour commencer, de la même manière que j’avais été interpellé par le vécu des autres, certains de mes amis ont décidé de réitérer l’expérience les années suivantes. Qui plus est, mes e-mails réguliers ont retenu l’attention de nombre de mes amis et connaissances en Espagne, lesquels ont à leur tour contribué à diffuser ces e-mails autour d’eux. Pour finir, pas moins de 30 personnes ont généreusement décidé d’apporter leur soutien aux activités de Zabalketa ; la plupart d’entre elles continuent d’ailleurs à le faire aujourd’hui encore.

Pour conclure, il me faut ajouter que, une fois en école de commerce, j’ai eu l’occasion de côtoyer un professeur qui s’intéressait au concept de responsabilité sociale des entreprises. Il m’a encouragé à rédiger une étude de cas relatant mon expérience du bénévolat dans le cadre de son enquête en matière de gestion des personnes au sein des organisations. Cette étude de cas est depuis, intégrée à son cours.

Quel message souhaitez-vous faire passer ?

D’après mon expérience, le travail des organisations non gouvernementales est souvent mis en doute. Je pense toutefois que ces doutes sont le plus souvent soulevés par des personnes qui n’ont pas connaissance des faits et qui sautent purement et simplement sur l’occasion de dénigrer les activités des ONG afin d’avoir une excuse pour ne pas s’impliquer. Aucune des personnes qui comprennent véritablement le travail des ONG compétentes ne soulève le moindre doute à cet égard. Comme le nom de l’association Zabalketa l’indique, chacun a besoin d’ « ouverture » aux différentes réalités et aux nouveaux défis.

Comme vous pouvez l’imaginer, la coopération en faveur du développement représente une charge de travail considérable au sein des ONG ; la plupart du temps, ce travail est très peu rémunéré – quand il l’est ! Je n’ai pas été payé pour mon travail ; je ne désirais d’ailleurs pas l’être ! Pour être capable d’apporter une contribution efficace, tout ce dont un bénévole a besoin, c’est d’un degré d’engagement impliquant une bonne dose de cohérence et d’honnêteté. C’est la condition sine qua non d’un travail performant et d’une utilisation efficace des ressources.

Je ne peux qu’encourager tous les lecteurs à s’impliquer activement, sans se poser de questions. Qu’il s’agisse de dons ou de bénévolat, tous ces gens ont besoin de notre aide ! S’il existe donc un projet dans lequel vous croyez et si vous pensez être en mesure d’y contribuer, n’hésitez pas à relever le défi, ça en vaut vraiment la peine ! S’impliquer personnellement dans un projet, quelle que soit sa portée, est terriblement gratifiant, en particulier si vous avez la possibilité de constater que vos efforts ont des retombées positives !