L’Atelier BNP Paribas a récemment apporté son soutien au réalisateur Nigérian Temi Ojo, lors de la projection de son film, le 9 septembre 2009 à San Francisco, en Californie. A travers cet entretien, Temi Ojo nous fait part de son expérience et de ses motivations personnelles.

Pourriez-vous vous présenter et nous en dire plus sur la projection du film ?
Je suis Temi Ojo, metteur en scène/producteur indépendant, dans la baie de San Francisco en Californie du Nord. Originaire du Nigéria, en Afrique de l’ouest, je suis arrivé en Californie après l’enseignement secondaire, à l’âge de 15 ans, pour ensuite intégrer un cursus de génie électrique à l’université. Grâce à ce cursus, j’ai, par la suite, travaillé dans la Silicon Valley en tant qu’ingénieur de produits semi-conducteurs pendant plus de 7 ans, après quoi, je suis parti poursuivre mes études supérieures : un MBA (Master 2) de marketing et entrepreneuriat et un MFA (Master of Fine Arts) de cinématographie et télévision, pour finalement obtenir ces deux diplômes en mai-juin 2009.
La projection à L’Atelier porte sur le court-métrage, réalisé dans le cadre de ma thèse de MFA : “Renouncing Angelica”, sponsorisé par BNP Paribas et L’Atelier, ainsi que sur une série de travaux effectués en tant que réalisateur. Cet évènement sera, pour moi, l’occasion d’alerter l’opinion sur des problèmes sociaux tels que le don de moelle osseuse et la maltraitance des enfants (thèmes abordés dans mes films) mais également de collecter des fonds pour pouvoir présenter « Renouncing Angelica » dans des festivals du monde entier.
Quelles sont vos relations avec BNP Paribas ?
Tout à commencé lorsqu’avec ma promotion de MBA marketing, nous nous sommes rendus à Paris, au cours de l’été 2007, pour étudier des entreprises françaises, dont l’une était BNP Paribas. Lors de notre visite à la maison mère, nous avons été reçus par Dominique Piotet, chef de l’Atelier USA, qui nous a présenté l’entreprise. Ensuite, chaque groupe de ma promotion devait choisir, en fin de semestre, un produit américain et la façon dont il le présenterait en France. Avec mon groupe, nous avions choisi de présenter un film américain indépendant, avec dans l’idée de nous associer à une grande enseigne française : BNP Paribas.
Le film présenté ce soir-là n’était pas le mien mais le long-métrage de mon mentor ; notre présentation a tout de même impressionné Dominique Piotet qui a souhaité que je reprenne contact avec lui lorsque je réaliserai mon propre film. Une fois le temps venu de réaliser mon court-métrage, dans le cadre de ma thèse de MFA, j’ai fait appel à lui. Grâce à son soutien, j’ai pu être parrainé par l’Atelier BNP Paribas, ce qui a couvert une partie des frais de production. Je suis maintenant de retour pour partager ce film achevé.
Qu’est-ce qui vous a incité à entamer une carrière cinématographique ?
Je pense que cela tient au fait que je suis quelqu’un d’expressif mais également un penseur. Depuis ma plus tendre enfance, j’ai toujours rêvé de faire des films ; un rêve qui ne pouvait voir le jour au Nigéria, dans les années 80, lorsque j’étais enfant. Mon intérêt pour le cinéma a donc été rapidement relégué au rang de simple fantasme. Même si ce n’était qu’un jeu d’enfant, je m’entraînais déjà à créer mes propres bandes dessinées, en rêvant que cela soit des films. Ayant passé toute ma scolarité à étudier les mathématiques, la physique et les sciences, je commençais à exceller dans ces matières, tentant en parallèle de revenir vers mon rêve de faire des films. Je me souviens même avoir essayé de construire un projecteur de film à partir d’un moteur électrique de petite voiture et d’une ampoule, pour ensuite tirer mon film, image par image, sur une bandelette de papier que j’avais trempée dans l’huile pour la rendre translucide et pouvoir projeter. Il se trouve que ça n’a pas marché. J’ai donc décidé, en grandissant, d’abandonner mon rêve de devenir cinéaste pour me concentrer sur l’étude d’autres merveilles générées par l’ingénierie et la technologie.
Lorsque l’occasion s’est présentée d’aller étudier aux Etats-Unis, je n’ai même pas envisagé de devenir réalisateur, car le simple fait de venir vivre en Californie était déjà le genre d’opportunité qui ne se présente qu’une fois dans la vie. Il me semblait alors beaucoup plus judicieux d’aborder les choses de façon pragmatique, comme d’obtenir un visa H1b, par le biais d’une entreprise, à la fin de mes études et gagner ma vie de façon indépendante. J’ai donc obtenu mon diplôme d’ingénieur et un poste correspondant. Mais tout a changé en 2005, à la naissance de mon neveu Seyi, lorsque j’ai passé 22 heures à l’hôpital avec ma sœur et mes parents pour un accouchement difficile. Cette naissance coïncidait, en effet, avec une période de stress intense et d’injustice dans mon travail et m’a forcé à reconsidérer l’ensemble de mon parcours professionnel. Je me suis alors demandé ce que je ferais de ma vie si je pouvais renaître au pays des opportunités qui était maintenant le mien et une seule chose m’est apparue clairement : je voulais être cinéaste.
Vos courts-métrages ont-ils un genre ou un style particuliers ? Sont-ils voués à faire changer ou à inspirer les gens ?
Je ne pense pas que mes films appartiennent à un genre en particulier. Cela dit, tout le monde s’accorde à dire qu’ils sont plutôt orientés vers la comédie dramatique. Ce qui me plaît, c’est d’étudier les relations entre les individus (amis, famille, relations intimes, collègues etc.) et la façon dont le déroulement et la chronologie des évènements influence les motivations de chacun, par rapport aux relations prédéterminées, mais également l’impact que peut avoir l’évolution de ces relations quant à la vision qu’ont les gens d’eux-mêmes et de ceux qui les entourent. Je crois que c’est comme ça que les gens vivent leur vie et j’ai envie de le refléter à travers mes films. J’aspire à faire des films qui suscitent la réflexion, amènent le spectateur à se questionner sur des sujets importants et agissent en tant que vecteurs d’introspection personnelle. Dans cet esprit, j’adhère à l’opinion de l’un de mes conseillers pour qui les cinéastes sont en fait des philosophes qui font partager leur vision. D’autres personnes considèrent mes films comme « trop sérieux ». J’ai hâte de les surprendre avec un contenu plus léger.
Comment envisagez-vous votre évolution dans l’avenir ? Quels aspects doivent être plus travaillés ?
J’entreprends de me baser davantage sur des écrits. Jusque là, j’ai porté différentes casquettes : celle de scénariste, de producteur, de réalisateur de mes films mais je suis en train d’apprendre à en céder quelques-unes pour faire davantage place à la créativité et à la polyvalence artistique. D’où ma recherche actuelle de nouveau contenu intéressant pouvant faire l’objet d’un long-métrage. J’aimerais d’ailleurs avoir terminé un long-métrage d’ici les 70 ans de mon père ; le genre devant lequel il puisse s’asseoir sans s’endormir car il vient d’avoir 67 ans le 3 septembre 2009.
Par ailleurs, j’accomplis les dernières formalités visant à rendre officielle la société que j’ai lancée avec mon amie Vanessa Mariveles, portant le nom de : « Mariveles+Ojo », une entreprise qui offre toute la puissance du cinéma aux grandes marques qui chercheraient à faire du sponsoring et qui pourraient se servir de l’histoire pour cibler leur clientèle.
De quoi avez-vous principalement besoin en tant que jeune cinéaste ?
D’être révélé et que des occasions se présentent à moi. Je suis en recherche d’une source d’inspiration et d’influence quant à mon art, en étant plus exposé à la vie. J’ai besoin de plus d’expositions à des mentors potentiels ainsi qu’à l’industrie du cinéma de grande envergure, aussi bien américaine que mondiale, de façon à développer ma carrière de cinéaste. J’ai aussi besoin de plus d’opportunités financières ou d’occasions de projeter mes films, pour produire davantage de travail et faire en sorte que mon talent grandissant soit visible. C’est d’ailleurs une chance pour moi d’avoir pu compter sur BNP Paribas dans ce domaine.














