En traversant la frontière qui sépare la Thaïlande du Laos, nous nous sommes préparés à un voyage hors du commun.
Effectivement, nous allons vite prendre conscience qu’il s’agit d’un pays à part, dans cette Asie que nous commençons à connaître.
Depuis la frontière, nous nous rendons à vélo à Vientiane (20km), la capitale. L’occasion de prendre la température de l’Etat laissé en marge du développement économique des tigres et dragons d’Asie du Sud Est : le Laos est une des républiques les plus pauvres d’Asie. Pourtant, nous nous attendions à pire. Des doubles voies éclairées, des voitures assez récentes et un code de la route respecté. Ce qui nous a permis de réaliser des performances à vélo pour la première fois depuis le début de notre tour du monde !
Pendant plus de 100 ans, le pays a perdu toute identité et tout espoir de se développer. Sous contrôle Siam, puis français, il est resté en autarcie après la décolonisation, et ce jusqu’en 1988. Avec l’ouverture, la demande de microfinance a rapidement cru, et les intellectuels du secteur public se sont penchés sur la question.

L’un des premiers a avoir compris l’intérêt de développer le microcrédit au Laos est le Dr Sisaliao, fondateur de la première coopérative du Laos, la CCSP, dans la ville de Kasi (nord du pays) en 1996.
Depuis, 10 nouvelles CCSP ont été créées, dans 9 districts du Laos, et une IMF, le Fonds Coopératif, a été instituée en 2002 pour toutes les encadrer. Le Dr Sisaliao est aujourd’hui le président du Fonds Coopératif, dont le siège est à Vientiane.
Il est également président fondateur de Lao Farmer Products, une société spécialisée dans l’exportation de produits Lao labellisés « équitables » dans certains grands réseaux européens. L’objectif de la société est avant tout d’aider les agriculteurs membres du Fonds Coopératif à écouler leur stock, en achetant leur surplus et en le transformant. Un soutien à l’activité de microcrédit qui permet en outre de générer du revenu et de créer des emplois.
Il faut noter que le Fonds Coopératif accorde des microcrédits à 1500 personnes (par le biais des 11 CCSP, ou « agences »), dont 99 % sont situées dans les zones rurales, et dont la majorité sont des femmes. Il prête également à des PME, et son encours total est de 6,7 M Kips (600 000 euros environ). Il bénéficie en outre du soutien technique et financier de la SIDI (un des partenaires de Finance Tout Terrain) depuis sa création en 2002.
Vraisemblablement, le gouvernement n’est pas un moteur à l’expansion de la microfinance au Laos, mais il n’est pas non plus un frein : « La création du CCSP s’est fait sans l’autorisation du gouvernement » nous confie Dr Sisaliao « maintenant il y a une loi qui encadre les activités de finance solidaire au Laos, mais finalement, cette loi, c’est nous qui l’avons créée! ».
Toutefois, selon le Dr Sisaliao, la microfinance n’est qu’un des moyens de lutte contre la pauvreté. Il ne peut être efficace sans des moyens de production, sans que les paysans aient accès à l’éducation (formation professionnelle dans le métier en question), sans qu’ils aient accès aux soins médicaux, sans qu’ils aient accès au marché.
En outre, Dr Sisaliao ne pense pas que la microfinance soit adaptée aux petits producteurs, mais à leurs distributeurs, d’où l’activité de Lao Farmer Products.
M. Sith, Directeur Général du Fonds Coopératif, a le même point de vue. En effet, au début de l’IMF, il a été confronté à plusieurs cas de non remboursement du microcrédit, de la part des producteurs.
Ensuite, nous abordons avec lui la question des fraudes. Il nous explique que les fraudes sont de deux types : celles du personnel (détourner l’argent pour exercer une activité d’usurier dans le dos du Fonds Coopératif, ou tout simplement voler l’argent sous forme de liquidité) et celles des clients (ne pas respecter le contrat).
Enfin, concernant l’avenir, à court terme, l’IMF souhaite moderniser son progiciel de gestion des données. Pour l’instant, impossible de dégager des chiffres et statistiques pourtant indispensables au bon pilotage de l’IMF (passage du progiciel MBDOS à MBVIN). La transformation des CCSP en branches (changement de statuts pour faciliter les transferts de fonds) est également une priorité. Enfin, l’inclusion de services non financiers, et notamment des formations à la gestion de budget pour faciliter les remboursements des clients, fait partie du programme 2010 du Fonds Coopératif.
A long terme, M. Sith nous confit que son objectif est de trouver de nouvelles sources de financement, telles que des subventions, afin de pouvoir agrandir son portefeuille de clients. Il souhaite également améliorer les compétences du personnel, en offrant à ses membres une formation professionnelle afin de le rendre plus autonomes.
Le Laos aura été pour nous un vrai bol d’air, tant par ses magnifiques paysages, que par la découverte de l’envers de la microfinance. Envers qui n’est pas insurmontable, d’après ce que nous avons pu observer.














