Nous nous rendons sur « l’île de la soie », sur le fleuve Mekong, avec un agent de crédit de l’IMF « Maxima » pour rencontrer 3 de ses clients microentrepreneurs. La situation ici nous semble moins précaire que dans le bidonville visité la veille. La réponse est simple : l’île de la soie fait partie des principaux sites touristiques en dehors de Phnom Penh. Cette affluence de touristes offre aux villages environnant un développement économique relativement stable, sauf pendant la saison des pluies.

Phnom Penh, Cambodge : Ntuon Chhouk, Microentrepreneur producteur de gingembre qu’il  vend sur son échoppe

 
Ntuon Chhouk a récemment fait un prêt de 200$, principalement pour acheter de l’engrais, indispensable à sa petite production de gingembre. Il a fait son 1er prêt il y a 10 ans et depuis en reprend un tous les ans. Néanmoins, à notre question fétiche : « Vous sentez-vous confiant vis-à-vis de l’avenir ? », notre interlocuteur nous répond « Non ». Il s’agit de la 1ère fois que nous avons affaire à cette situation. Certes son activité lui permet de subvenir à ses besoins, mais le moindre incident et c’est toute la famille qui se retrouve dans une grave précarité. Nous avons senti ici l’intérêt des autres produits de la microfinance, à savoir la microépargne et la microassurance.

Phnom Penh, Cambodge : Chann Sopheap, Microentrepreneuse propriétaire d’une fabrique de vêtements en soie

C’est Chann Sopheap qui est allée directement rencontrer l’agent de crédit. Aujourd’hui, elle est détentrice d’un prêt de 800$, qui lui a servi pour le fonds de roulement de son entreprise. Et sur ses conseils, sa soeur est elle aussi cliente de Maxima maintenant.
Depuis qu’elle est détentrice d’un prêt chez Maxima, d’autres IMF, mal renseignées ou peu scrupuleuses, lui ont proposé de souscrire un prêt : « Je suis consciente de la dangerosité de la microfinance. Je suis déjà cliente chez Maxima, et ils me prêtent tous les ans la somme dont j’ai besoin. J’ai donc systématiquement refusé les offres des autres IMF ».
D’ailleurs elle nous confie qu’elle souhaite souscrire un nouveau prêt l’an prochain d’un montant plus important. Les vêtements et souvenirs sont écoulés grâce au tourisme et elle se sent capable de produire plus et de vendre une partie du stock sur le marché cambodgien.
Nous constatons qu’en comparaison de ses voisins, les fondations et le toit de sa maison sont construits en durs lorsque ceux des autres sont en tôles ou en bambous.
« J’arrive à mobiliser assez d’argent pour  ma famille parce que le montant du prêt est bas et les intérêts aussi ».

A microentrepreneur demonstrates her weaving machine in the suburbs of Phnom Penh

Phnom Penh, Cambodge : Sott Seab, Microentrepreneuse propriétaire d’une fabrique de souvenirs (IMF Maxima)

C’est le bouche à oreille qui a amené Sott Seab à rencontrer un des agents de crédit de Maxima. Elle a souscrit un prêt de 1100$ et elle a commencé à transformer sa fabrique familiale en petit atelier. Maxima ne lui a pas fourni une formation particulière pour l’aider à développer son activité ; en revanche l’IMF l’a conseillée dans la façon de gérer son capital.
La collaboration semble bien fonctionner puisque Sott n’a pas encore eu de difficultés pour rembourser ses mensualités. En revanche elle ne souhaite pas que Maxima intervienne dans son processus de vente : « Aujourd’hui je vends ma production aux touristes et à des grossistes cambodgiens, si je passais par Maxima ce serait moins rentable. »
Elle comprend bien la concurrence que se livrent les IMF pour de nouveaux clients mais elle réalise que cumuler plusieurs prêts serait une erreur. Pour l’instant elle craint surtout d’avoir des difficultés à cause de la crise économique qui ralentit ses ventes.
« L’an prochain, je souscrirai un nouveau prêt avec Maxima mais pour un montant moins important » et un jour elle espère « que mon entreprise sera assez importante pour prospèrer sans IMF. »

Phnom Penh, Cambodge : Uong Kimseng, Directeur Exécutif de l’IMF  « Maxima »

Le secteur de la microfinance est en nette croissance au Cambodge et aujourd’hui on compte 1 million de microentrepreneurs.  M. Kimseng nous explique que la crise économique mondiale n’a eu des répercussions que pour certains microentrepreneurs engagés sur les marchés internationaux. Par exemple un cultivateur de légumes qui vend sa production à un grossiste qui l’exporte à l’étranger.
Le directeur de Maxima reste cependant confiant sur les possibilités de développement de l’industrie de la microfinance. Les 20 IMF sont très actives et montrent l’envie d’améliorer ce secteur, d’ailleurs, elles se sont réunies dans un groupe de réflexion : the Cambodian Microfinance Association qui travaille avec la Banque Centrale. Par ailleurs cette dernière audite une fois par an chaque IMF pour s’assurer du bon respect de la législation mais également pour repérer les éventuelles améliorations.
M. Kimseng résume : « Le secteur croît efficacement sous la régulation de la Banque Centrale, qui prend désormais en compte les intérêts de la microfinance au même titre que ceux de la banque classique ».

M. Kimseng nous rappelle ensuite les limites du système bancaire classique qui avec ses codes, son formalisme et sa rigidité n’est pas adapté aux campagnes. C’est ce constat qui a poussé Maxima et nombre d’IMF à se tourner vers les zones rurales du Cambodge. Lorsque Maxima débute son activité, son intention est de « réunir le business et les habitants des campagnes afin d’éliminer la pauvreté en leur offrant des opportunités économiques et sociales ».
En s’appuyant sur les connaissances de ses clients, Maxima cherche à la fois à développer les zones rurales du Cambodge et à limiter l’exode rural.
Pour réussir dans son entreprise, Maxima s’entoure de spécialistes de la finance ayant pour la plupart une large expérience du système bancaire classique. Pendant 5 ans elle opère en tant qu’ONG et accumule des connaissances sur le secteur de la microfinance. En 2005 elle se transforme en IMF après avoir obtenu la licence de la Banque Centrale.
Le manque de fonds et d’investisseurs est la principale difficulté rencontrée par M. Kimseng.  Après plusieurs tentatives, l’IMF obtient un premier financement de la part de la Banque de Développement Rural du Cambodge puis dans la foulée de la part de Kiva et d’ADA.

Désormais l’IMF a plus de 2300 clients, la majorité dans la grande banlieue de la province de Phnom Penh (la capitale du Cambodge).
Mr Kimseng nous explique le second défi de Maxima : « Le bureau était suffisamment opérationnel pour diriger mais les employés n’avaient pas une connaissance suffisante du secteur de la microfinance. »
Afin de remédier à ce problème structurel, Maxima paie une formation à ses employés auprès d’organismes spécialisés et débauche une partie de ses salariés chez la concurrence.

Aujourd’hui la faiblesse de l’IMF réside dans son organisation.
Lors de la création de Maxima, les fondateurs assumaient à la fois le rôle d’investisseurs et de gérants. Cette organisation pose maintenant des problèmes de transparence. Mr Kimseng en est tout à fait conscient et il nous a fait part de sa volonté de changement bien que d’autres défis soient plus pressants.
En effet pour l’instant le plus important pour l’IMF est d’attirer plus d’investisseurs et d’accroitre sont capital pour être en mesure de prêter plus. Par la suite, le directeur souhaiterait développer les formations de son personnel et acquérir du matériel informatique de meilleur qualité… L’objectif à long terme est de développer une offre plus étendue avec des produits adaptés à une large population.

Loïc et Benjamin, de FTT, sur les routes du Cambodge

Mr Kimseng ne perd pas de vue l’objectif initial de Maxima: « Toucher le plus de zones possibles et le plus de clients possibles pour annihiler la pauvreté. »