Phnom Penh, Cambodge : Paul Luchtenberg de l’IMF « AMK »
Ici encore, des locaux superbes nous attendent, et c’est un personnel bilingue, chose rare, qui nous conduit jusqu’au bureau de Paul Luchtenberg, un américain. M. Luchtenberg vit au Cambodge depuis 16 ans, et a travaillé dans diverses institutions de microfinance de par le monde.
Nous sommes heureux à l’idée d’avoir un interlocuteur anglophone, les entretiens se révélant généralement plus profonds et interactifs.
AMK a été créée au début des années 90 lorsque le Cambodge s’est internationalisé, et a été licenciée par la Banque Centrale en 2003. Sa philosophie est d’aller chercher ses clients dans les zones les plus reculées du Cambodge, ce qui implique des coûts de fonctionnement et de crédit plus élévés. AMK a choisi de proposer 2 types de produits en fonction de la précarité de ses clients : prêts de groupe et prêts individuels. Tous ses produits s’échelonnent de 2,5$ à 500$, pour un montant moyen de 110$.
AMK propose 3 types de prêts de groupe (petits groupes de 5 à 6 personnes) :
- prêt pour l’agriculture, remboursable à terme
- prêt à échéancier, pour tous les autres types d’activité
- prêt d’urgence, réservé aux clients ayant 2 années d’ancienneté, offrant la possibilité d’obtenir un prêt de 100 dollars maximum en 24 heures
M. Luchtenberg pense que les gens sont pauvres non seulement parce que leurs revenus sont faibles, mais aussi et surtout parce qu’ils subissent des chocs qui les démunissent complètement : maladie, décès, incendie etc…
Un prêt d’urgence est une réponse adaptée à ces situations, et si le risque de surendettement est bien présent, le critère de l’ancienneté est un garde-fou efficace : « Certes le risque existe pour le client et pour nous, mais nous ne sommes pas une banque commerciale. Si nous n’apportions pas cette solution à nos clients dans le besoin, la situation serait bien pire ».
Selon notre interlocuteur, et même si les activités d’AMK sont concentrées sur le prêt, indispensable, l’épargne est la clé pour sortir les gens de la pauvreté.
M.Luchtenberg pense que la microfinance n’est qu’une « part du gâteau du développement individuel », les autres étant la santé, l’éducation etc…
C’est pourquoi AMK a développé des partenariats avec d’autres institutions. L’idée est d’utiliser son réseau de distribution pour vendre des produits et services (produits pour l’agriculture et formations professionnelles notamment). AMK souhaite également lancer un produit de microassurance pour devenir de plus en plus adaptée à l’ensemble des besoins des clients.
Le Cambodge est un pays où l’activité de microfinance a crû très vite, mais aujourd’hui la courbe est en train de s’aplanir et le nouveau défi est de développer des produits innovants.
Selon M.Luchtenberg, le gouvernement ne semble pas trop interessé par les activités de microfinance, mais au moins le socle réglementaire et fiscal a été créé avec la collaboration des IMF du pays. Les lois sont donc peu contraignantes et laissent aux IMF la possibilité de croître comme elles le souhaitent.
Les deux principaux problèmes que rencontre AMK sont :
- la gestion du coût du crédit (combien doit-on faire payer au client?) car les clients sont situés dans les zones reculées et donc coûteuses
- la gestion du risque de change, car AMK emprunte à 70% en dollar, mais prête à 90% en riels (monnaie cambodgienne) et à 10% en baths (monnaie thailandaise).
La crise économique de 2009 a révélé de graves problèmes de surendettement chez les clients. La cause : les clients ont réussi à s’endetter auprès de plusieurs IMF à la fois pour obtenir plus d’argent.
Mais M. Luchtenberg refuse de blâmer les clients : « Nous devons nous blâmer, nous leur avons prêter trop d’argent ». Ainsi, comme pour le système bancaire classique, la crise de 2009 a mis en lumière le rôle de contrôle que doivent jouer les IMF.
Principaux objectifs d’AMK : accroître le nombre de clients en s’internationalisant s’il le faut au Laos, proposer de nouveaux produits comme l’épargne et l’assurance, et signer des partenariats avec des institutions qui acceptent de former les clients. Aujourd’hui AMK a 250 000 clients, et espère atteindre 1 million d’ici 5 ans.
Selon notre interlocuteur, il est primordial que les IMF se rappellent sans cesse du rôle social qu’elles ont a jouer. Il s’agit de rentrer dans ses coûts certes, mais pas de maximiser le profit.
Tous les salariés d’une IMF doivent s’en rappeler en allant travailler le matin : ce qui compte, c’est l’impact social qu’ils ont sur leur client.















