Nous avons rendez-vous avec un Français, Grégoire Héaulme, membre actif du réseau « Entrepreneurs du Monde » et qui a développé l’IMF Chamroeun avant d’en laisser la gestion à un Cambodgien.
Phnom Penh, Cambodge : Grégoire Héaulme de l’IMF « Chamroeun »
Chamroeun a la particularité au Cambodge de n’agir que dans les zones urbaines.
Selon M. Héaulme, l’offre de microfinance dans les zones rurales est suffisamment développée et il y existe un bon nombre d’opérateurs qui font du bon travail.
En revanche dans les villes, les IMF ont tendance à s’axer sur les petites et moyennes entreprises et pas sur les entrepreneurs individuels. Ces gens très pauvres , développant des activités informelles relevant plutôt de la survie, n’ont pas accès au système financier traditionnel. Dans le cadre de sa mission sociale qui est de « proposer des services aux personnes les plus démunies », Chamroeun a souhaité répondre à ce manque de la microfinance.
Elle propose aujourd’hui 2 types de prêt :
- des prêts d’un montant inférieur à 300$ qui sont remboursés sur 6 mois à un taux d’intérêt de 4%
- des prêts allant de 300 à 1000$ qui sont remboursés sur 1 an à un taux d’intérêt de 3%
Afin de ne pas être tentée de favoriser la seconde catégorie de prêts qui sont plus rentables et que Mr Héaulme qualifie lui même de prêts « vache à lait », Chamroeun s’est imposée un garde fou: moins de 20% des prêts accordés sont supérieurs à 300$
L’IMF propose par ailleurs deux autres types de prêts plus spécifiques:
- des prêts de 125$ destinés à des cas d’urgence comme une maladie, un incendie…
- des prêts réservés aux personnes non propriétaires de leur logement et qui sont de facto exlues de la microfinance car il s’agit de la seule garantie demandée pour un microcrédit au Cambodge
Chamroeun a choisi de sous-traiter son service de microassurance car il s’agit d’un produit extrêmement technique : « Savoir choisir l’étendue des services qui doivent être couverts, savoir fixer le juste montant des cotisations, savoir négocier tous les aspects administratifs nécessaires avec les centres de santé…tout cela est quelque chose de colossal, et nous n’avions pas le temps de faire tout cela ».
Il existait un prgramme d’assurance-santé au Cambodge développé par le GRET, et cela faisait plus de sens de travailler en partenariat avec cette ONG, de diffuser leur produit plutôt que d’en créer un nouveau.
Surtout, le gouvernement cambodgien n’autorise pas les IMF à proposer de la microassurance.
Auparavant, les difficultés rencontrées par M. Héaulme concernaient les ressources humaines et les contraintes imposée par une administration lente et corrompue.
Pendant longtemps, les IMF étaient prises pour des ONG aux yeux de l’administration. Aujourd’hui, le gouvernement cherche à soutenir les gros opérateurs et à tuer les petites initiatives dans l’oeuf, de façon à faire baisser les taux d’intérêt, par le biais des économies d’échelle. Cela peut susciter une vive critique, mais prouve que le gouvernement cherche à se servir de la microfinance pour faire remonter le niveau de vie des cambodgiens les plus pauvres.
Selon M. Héaulme, les formations sont indispensables : « Nous avons affaire à des gens qui partent avec pas grand-chose en termes d’accès à l’éducation pendant leur jeunesse, mais aussi d’information tout au long de leur vie. Avoir accès à un crédit d’une centaine de dollars, c’est bien, mais la solution pour optimiser ce prêt n’est pas vendu avec. Les formations répondent en partie à ce problème ».
Concernant la performance sociale, Chamroeun utilise un outil développé par CERISE, un groupe de recherche français, qui a développé le « Social Performance Indicators ». Il s’agit d’un questionnaire qui réunit une centaine de question posées aux IMF sur des thèmes variés – services, ressources humaines, responsabilité sociale – et dont le résultat est une note indicative. Chamroeun l’utilise une fois par an, en faisant participer les 65 employés de l’IMF, pour se situer et dégager des axes de progrès en terme de performance sociale.
Chamroeun a également développé un outil de mesure de la pauvreté : un questionnaire est administré aux clients à la souscription du premier prêt, puis une fois par an. Une note de pauvreté est alors donnée sur une échelle de 0 à 100 (0 étant l’extrême pauvreté), ainsi que des informations statistiques sur un certain nombre d’indicateurs, comme la démographie, l’accès à l’éducation, à la santé, la nutrition… Cet outil existe depuis 2 ans, et illustre la philosophie de Chamroeun et d’Entrepreneurs du Monde : “Aider les personnes les plus pauvres ».
Les résultats sont positifs.
65 % des clients ayant un historique améliorent leur situation de 10 points, 22% stagnent et 13% d’entre eux perdent des points.
Et de conlure, faisant écho à Paul Luchtenberg de AMK : « Nous devons constamment nous souvenir de notre mission sociale. Faire du profit c’est très bien, mais si nous mettons notre mission sociale de côté, nous pouvons très vite arriver à faire du business sur le dos des pauvres. Les conséquences peuvent être catastrophiques ».
















Super article ! Merci pour ce bon apperçu de la microfinance au Cambodge !