Aux confins de notre aventure asiatique : le Vietnam. Ancienne colonie française investie dans des conflits parmi les plus médiatisés du XXe siècle, le Vietnam sort aujourd’hui de son passé tumultueux pour rentrer dans l’ère de la modernisation. Il n’en perd pas pour autant de son charme ni de son mystère, et attire les visiteurs venus du monde entier pour découvrir ses paysages dramatiques, se détendre sur ses plages ou rencontrer des tribus locales hors des sentiers battus, dans le delta du Mekong ou les régions montagneuses. De Saigon au Sud jusqu’à Hanoi dans le Nord, zoom sur un pays « coup de coeur » de l’équipe FTT!
Notre périple vietnamien commence donc à Ho Chi Minh City (Saigon) dans le Sud du pays. Nous la rejoignons à vélo depuis Phnom Penh (au Cambodge) au terme d’une étape de 250 km, et sommes accueillis- nous nous y attendions un peu – par des hordes hurlantes de motos et de scooters, prêtent à s’engouffrer dans n’importe quelle portion d’espace vaquant et nous obligeant à mobiliser toute notre concentration. Une arrivée pour le moins mouvementée, et pourtant, nous sommes immédiatement séduits par cette ville, à laquelle le désordre apparent, le bruit, les marchés, les restaurants de rue et les marées humaines confèrent une énergie communicative.
Nous décidons d’y passer quelques jours de repos, afin de nous imprégner de la culture locale, de rencontrer vietnamiens et étrangers, et surtout décider de la meilleure étape à vélo que ce pays peut nous proposer. L’objectif est Hanoi, la capitale, à 2000 km dans le nord du pays. Nous devrons prendre un bus, c’est certain, mais souhaitons faire une étape de 700 km à vélo jusqu’à Hoi An, au centre. Deux solutions s’offrent à nous : la côte, qui nous permettrait de rouler sur du plat et de faire du camping sur la plage – perspectives alléchantes – mais où la circulation est réputée dangereuse ; et le centre montagneux, traversé par la Ho Chi Minh Highway, une route peu fréquentée et offrant de beaux panoramas.
En choisissant la deuxième solution, nous ne nous doutions pas que le terme « beau » serait un doux euphémisme, tant la variété des paysages nous a sidéré, tant la gentillesse et l’humour des populations reculées nous ont émus, tant cette semaine intense – et difficile ! – nous a laissé stupéfaits, remplis de souvenirs mémorables, dont nous vous raconterons certains dans les lignes qui suivent.
Pour commencer, nous nous rendons à Dalat, une ville montagneuse enveloppée d’un climat très agréable. De part sa situation géographique, elle représente le point de départ idéal de cette nouvelle aventure cycliste. Une fois le tumulte de la ville passé, les travaux évités et la mise en jambe achevée, nous nous retrouvons rapidement seuls dans un paysage de collines et de forêts de conifères, bien loin de l’image que l’on se fait du pays. Étrange…
Cet environnement nous suivra trois jours durant. Nous ne chômons pas, nous nous levons tôt pour profiter de la fraîcheur du matin, nos journées sont longues, mais nos corps se sont adaptés aux efforts que demande le vélo. Nous résistons mieux, nous le sentons, et cela décuple notre motivation. La nourriture vietnamienne – celle des campagnes et des « trous perdus » – est excellente, et nous nous plaisons à discuter avec les vietnamiens. Comme la plupart des peuples d’Asie, ces derniers ne parlent pour la plupart pas un mot d’anglais.
Cependant, à force de signes, de sourires, de grimaces, de gesticulations en tout genre et autres astuces de langage apprises au cours de ces 4 derniers mois, nous réussissons à nous faire comprendre.
Les 2 jours suivants, le Vietnam nous gratifie d’un environnement aride, brûlant ; le sol est rouge, la végétation rare, l’horizon brouillé par la chaleur. Terre et ciel se confondent dans un flou apparent. On se croirait dans un décor de Western spaghetti : là encore, ce pays nous surprend. Le drapeau du Vietnam, flottant patriotiquement au-dessus de toutes les maisons, nous rappelle néanmoins où nous sommes : au bout du monde.
Et nous y suons à grandes gouttes!
Oui, jamais nous n’avons eu aussi chaud, jamais le soleil de midi ne nous a semblé aussi insoutenable, d’autant que les points d’ombre sont rares. Pourtant nous vivons quelque chose d’unique, dans un environnement unique. Les deux derniers jours surtout, les massifs vietnamiens nous gratifient d’un spectacle stupéfiant : une forêt tropicale, dans laquelle nous nous engouffrons par le biais d’une petite route, confluent de la Ho Chi Minh Highway. 200 km environ dans cette zone plus humide, plus verte, et surtout plus vierge, où les villages sont espacés et les âmes sont rares. En arrivant finalement à Hoi An au terme de 7 jours de vélo, le bonheur nous submerge littéralement, d’autant que la ville possède un charme fou, et qu’il est grand temps de souhaiter l’anniversaire de Loïc!
Hoi An nous rappelle les villages de Provence, par ses couleurs, son architecture et son calme.
L’occupant français en est pour quelque chose bien sûr. Mais elle conserve cet exotisme propre à l’Asie, et fait partie de ces villes coloniales épargnées par la guerre du Vietnam, une chance qui lui confère une beauté d’un autre âge. Aujourd’hui classée au patrimoine mondial de l’UNESCO, Hoi An est la ville rêvée pour se détendre après notre étape – la plus difficile peut être depuis le début – et nous sommes presque déçus de la quitter à peine deux jours après notre arrivée. En effet, nous devons faire vite. Notre avion à Hong Kong nous attend, et le Têt – le nouvel an Viet – approche à grand pas.
Pendant le Têt, le pays est paralysé. Nous devons vite trouver un bus qui accepte de prendre nos vélos pour nous rendre à Hanoï, puis, de là, trouver le moyen de passer la frontière chinoise, puis Hong Kong en bus. La première étape ne présente pas trop de difficulté. En arrivant à Hanoï, nous nous rendons compte de l’importance du Têt pour les vietnamiens : la capitale est presque une ville fantôme, tous les magasins sont fermés, les temples sont remplis à craquer et enfumés par l’encens.
Nous visitons la ville, trouvons une solution pour rallier Hong Kong en bus via la Chine – nous avions déjà nos visas chinois – et ne résistons pas à la tentation de nous rendre à la baie d’Ha Long en attendant. Cette dernière est une merveille de la nature, presque un symbole du pays, avec ses 2000 îles s’élevant majestueusement de la mer émeraude, sous l’effet de millions d’années d’érosion. Malheureusement nous n’avons pas eu droit au côté émeraude, mais à du brouillard et à une température hivernale. Nous étions loin d’imaginer cela. Le souvenir reste pourtant mémorable, la brume apportant une touche mystérieuse à ce paysage hors du commun.
Un petit mot sur la microfinance : nous avions prévu un seul entretien à Hanoï – le Vietnam n’est pas vraiment une terre de microfinance – mais le Têt a eu raison de nous. Nous avons tout simplement dû l’annuler car le personnel que nous souhaitions interroger prenait congé! Nous nous rattraperons dans les prochains pays, d’autant que pour l’instant, nous rentrons dans nos objectifs en terme d’entretiens de microfinance.



















