Dans trois semaines environ La Boudeuse et son équipage auront achevé leur mission en Amazonie française et atteint l’ensemble des objectifs assignés au moment de leur arrivée à Cayenne à la fin de l’année dernière.

Les mois de février et mars ont été d’une densité extrême, tant pour les expéditions scientifiques terrestres que pour les navigations elles-mêmes, La Boudeuse n’ayant cessé de parcourir l’ensemble de la côte guyanaise afin de permettre le travail des équipes scientifiques. Pour les mêmes raisons, le navire a également remonté aussi loin que possible les deux grands fleuves du pays, le Maroni à l’ouest sur la frontière du Surinam, et l’Oyapock à l’est sur la frontière du Brésil. Ces remontées de fleuves ont été parmi les moments les plus risqués de l’aventure compte tenu des pièges de ce type de navigation dans la région : faibles profondeurs d’eau partout, troncs flottants, hauts fonds fréquents, bancs de sables innombrables, rochers épars et invisibles, coups de vent brutaux de la saison des pluies. Sans compter l’absence de cartes fiables. Mais l’équipage a su sortir indemne de tous les dangers de ces aventures épiques…

En ce qui concerne les missions terrestres, elles se sont succédées quasiment sans interruption au cours de cette période – et souvent de manière simultanée. Une douzaine de chercheurs y ont participé dans les domaines suivants : biodiversité (entomologie et botanique), géographie humaine, géologie, philosophie, biologie, ichtyologie et génétique.

D’un point de vue géographique, ces missions se sont déroulées sur le Maroni (fleuve et estuaire), le massif Lucifer, l’Oyapock (fleuve et estuaire), la rivière Ouanary, les monts de l’observatoire, la crique serpent, la pointe Béhague, les îles du salut et l’ensemble de la côte.

Un travail très important a également été effectué sur la problématique des chercheurs d’or illégaux, l’un des plus grands défis qu’ait à relever aujourd’hui la Guyane et les autorités françaises. Venus du Brésil par dizaines de milliers sans doute, les orpailleurs pillent les richesses minières de la Guyane, détruisent massivement l’environnement, polluent les rivières au mercure, et drainent derrière eux insécurité et violence dans l’ensemble du territoire.
Après de soigneuses reconnaissance aériennes, une équipe de La Boudeuse, menée par son capitaine, Patrice Franceschi, est parvenue a rejoindre dans la jungle l’un des sites clandestins de ces chercheurs d’or dans l’est du pays et à vivre au milieu d’eux. Cette mission, non dénuée de dangers, a permis de mesurer l’ampleur du problème de l’orpaillage sauvage, de mesurer plus précisément les destructions de la nature qu’il occasionne et de comprendre les dimensions sociales et économiques qui le sous-tendent, seule manière d’envisager des solutions réalistes, globales et à long terme pour ce problème. Cette mission particulière a aussi permis de prélever directement dans les rivières du mercure pur pour analyse en laboratoire du niveau de pollution exact des régions concernées. A cette occasion, des caïmans ont été tués afin de déterminer le niveau de contamination au mercure des animaux en bout de chaîne alimentaire. Les populations locales consommant nombre de ces animaux, notamment des poissons, il semblerait que de graves problèmes de santé publique se posent déjà.

Pour compléter cette étude, deux autres équipes de La Boudeuse se sont jointes à des missions gouvernementales “ Harpie ” et “ Marpol ”.

Les missions “ Harpies ” sont la réplique de l’Etat français aux chercheurs d’or illégaux. A intervalles réguliers, gendarmes, légionnaires et marsouins montent de vastes opérations de destruction des sites d’orpaillages et tentent de couper leurs voies clandestines de ravitaillement en tendant des embuscades de nuit. La mission “ Harpie ” à laquelle nous avons été associé s’est déroulée dans la région du Maroni et a permis d’éradiquer de nombreux villages de chercheurs d’or qui s’étaient installés en toute impunité dans la région.

Les missions “ Marpol ” sont celles que mènent les patrouilleurs de la marine nationale et les vedettes de la gendarmerie maritime pour sécuriser les côtes, combattre la piraterie naissante et tenter de mettre fin au pillage des ressources maritimes effectué par des pêcheurs illégaux brésiliens et surinamiens, eux aussi de plus en plus actifs. Au point que les pécheurs guyanais se plaignent déjà de la raréfaction de nombreuses espèces de poissons. La mission “ Marpol ” à laquelle nous avons été associée s’est déroulée à bord du patrouilleur “ L’audacieuse ”. Elle a permis l’arrestation de pécheurs clandestins et la confiscation de leurs bateaux.

Au cours de cette période très active, donc, l’équipage est monté jusqu’à 33 personnes en fonction des rotations des équipes scientifiques.

D’ores et déjà, on peut affirmer que, en dehors de la problématique du mercure, de nombreuses avancées ont pu être effectuées dans les domaines suivants :

•    Meilleure connaissance des raisons de la “ fluctuation ” des côtes de la Guyane.
•    Meilleure connaissance de la géographie humaine des deux principaux fleuves, Maroni et Oyapock grâce au programme géo photographique mis en place par La Boudeuse.
•    Découvertes probables d’espèces de poissons vivants dans les rivières des massifs les plus isolés (Massif Lucifer), voire dans certaines criques (crique Serpent).
•    Complément d’informations et de compréhension de la biodiversité de la côte guyanaise et de plusieurs rivières de l’intérieur, notamment en ce qui concerne la flore et surtout les mangroves.
•    Meilleure connaissance de la problématique des limons charriés par les deux grands fleuves du pays.
•    Meilleure compréhension de l’éventualité future de tsunamis affectant les côtes du massif des Guyanes.
•    Avancée dans la recherche de la captation du CO2 par certains types d’arbres par transformation chimique en carbonates.

Pour parachever la mission, quelques travaux supplémentaires restent à effectuer, notamment sur d’autres sites d’orpaillage et sur la pointe Béhague en ce qui concerne les recherches de biodiversité. Du 6 au 25 avril, ces derniers travaux devraient être achevés.