Nous rencontrons Thomas Mouliac, de l’IMF Proximity Funding Philippines Foundation à Manille.
Cette IMF fait partie d’un groupe de trois entités distinctes :
* Une association loi 1901 en France, Proximity Funding Association, qui lève les fonds et opère le pilotage stratégique dans les grandes lignes
* Une fondation basée à Manille, Proximity Funding Philippines Foundation, que nous visitons aujourd’hui, et qui reçoit les fonds, les donne à la coopérative, contrôle leur usage, fait de l’audit, vérifie la performance sociale et propose des services divers
* Une coopérative de prêt et d’épargne, Proximity Funding Credit Cooperative, qui délivre les services de microfinance
Au départ, l’idée était de prêter de l’argent destiné à renflouer le fonds de roulement des clients, par le biais de prêts relativement faibles. Mais en 2002, suite à la prise de conscience des administrateurs que cette utilisation des fonds ne dégageait ni rentabilité économique, ni performance sociale, un changement méthodologique a été opéré. Il fut décidé d’augmenter la valeur des prêts afin de financer des actifs, des biens tangibles, plutôt que du fonds de roulement : » La double idée était d’augmenter la rentabilité des prêts tout en les rendant plus productifs, c’est à dire plus propices à augmenter les revenus de la famille grâce au business » ajoute Thomas Mouliac. L’accent a alors été mis sur les prêts dits « transports » : acquisition de jeepneys (les petits bus privés de Manille) et de tricycles (les petits taxis de Manille) notamment sur les prêts pour le développement d’une nouvelle ligne de produit, ainsi que sur les « housing loans », offrant la possibilité aux membres de la coopérative d’acheter des maisons ou d’agrandir leur maison pour faire des sous-location aux personnnes des bidonvilles.

Le double objectif d’autonomie financière (qui permet de développer de nouveaux services) et d’impact social (constaté lors d’une étude faite en 2008 dans les communautés) étant aujourd’hui rempli, Thomas Mouliac et ses collègues réfléchissent à la notion d’impact environnemental.
C’est la première fois que nous en entendons parler dans le domaine de la microfinance. Nous avons pourtant visité une quinzaine d’IMF depuis le début de notre tour du monde. Notre interlocuteur s’explique : « La plupart des prêts servent à l’acquisition de transports vieux, Diesel, qui sont aux normes à Manille mais catastrophiques au niveau environnemental. Nous réfléchissons donc à des projets qui conservent un impact social et économique fort sur les familles, mais qui permettraient d’améliorer ce qui se fait à Manille en terme de transport, d’énergie… ». Cette philosophie nouvelle est illustrée par deux idées, avantageuses pour les clients en plus de leur impact environnemental : encourager les membres de la coopérative à utiliser l’énergie solaire – faisant ainsi baisser leur facture d’électricité – et à changer les vieux moteurs de jeepney par des neufs – faisant ainsi baisser leur facture d’essence et de maintenance. « Nous souhaitons ainsi prendre en compte dès le départ la dimension environnemental des projets qui sont soutenus. Etre le moteur du changement en quelques sortes. » explique Thomas Mouliac.
Nous nous demandons alors par quels moyens l’IMF pense-t-elle faire passer le message aux clients. Des formations sur l’importance de la préservation de notre planète? « Non », nous répond notre interlocuteur, « nous devons simplement montrer aux clients les avantages économiques que de telles solutions peuvent avoir à leur niveau, comment le fait de changer le moteur de leur jeepney en utilisant une partie de leur prêt peut leur permettre de mieux rembourser ce même prêt ».
Pas de formations sur l’environnement donc, et pourtant Thomas Mouliac est convaincu que l’éducation des clients fait partie des responsabilités d’une IMF, mais « en terme de gestion du budget – au niveau de la famille et du business – et de l’épargne » seulement.
Nous interrogeons ensuite M. Mouliac sur le développement du service de microassurance de l’IMF Proximity. « La microassurance est complémentaire de la microfinance. Tous les programmes de microfinance se sont rendu compte qu’une des raisons majeures des problèmes de remboursement était la santé – hospitalisation et/ou mort ». On comprend ici que performance sociale et performance économique de l’organisation sont liées : aider socialement les partenaires grâce à la microassurance améliore la rentabilité économique de l’IMF.
Proximity a donc choisi d’intégrer les primes dans le montant du prêt, permettant au client d’être couvert pendant toute la durée du remboursement. L’IMF joue donc simplement le rôle d’intermédiaire entre les clients et la Sécurité Sociale, elle ne propose pas directement un service de microassurance.
Une assurance-vie a également été lancée en 2005, permettant au client et à son conjoint de toucher une somme calculée sur le montant du prêt en cas de décès. « Cela évite au conjoint survivant d’avoir à supporter, en plus du décès, le fardeau du remboursement du prêt, l’assurance-vie permettant le plus souvent de le rembourser et de délivrer en plus une aide financière à la famille ». Là encore, l’IMF a noué un partenariat avec un assureur – privé cette fois – pour mettre au point ce service, inclu dans le montant du prêt.
Nous nous demandons alors pourquoi les acteurs de l’assurance ne proposent pas directement de microassurance aux personnes défavorisées des Philippines, s’ils acceptent par ailleurs le risque de les assurer par le biais des IMF. « La connaissance du marché » nous répond Thomas Mouliac. C’est pour cela que la synergie entre entreprises du secteur privé et IMF est très importante, et qu’elle est amenée à l’être encore plus dans les années à venir, du fait du pouvoir d’achat potentiel des personnes défavorisées, nouvellement détenteurs de fonds grâce à la démocratisation du microcrédit. En effet, les IMF n’ont pas les compétences techniques et légales pour proposer toute une gamme de produit à leurs clients emprunteurs, de l’assurance au panneau solaire. De l’autre côté, les compagnies d’assurance et les producteurs de panneaux solaires n’ont pas cette proximité propre aux IMF, ni la possibilité de faire un suivi social, indispensable au « dévérouillage » du pouvoir d’achat intrinsèque des pauvres ayant accès au microcrédit.

Aux philippines, le mobile banking est en train de se développer comme nul part ailleurs. Le principe est révolutionnaire, car il limite les transferts de cash, facilite les contrôles et réduit les coûts à la fois pour l’IMF et le client. Le principe est simple : le client recharge son portable auprès de n’importe quel magasin habilité, puis envoie le montant correspondant à son IMF par le biais de son portable, évitant ainsi tout déplacement. Beaucoup d’IMF se sont lancé dans cette initiative, et Proximity compte bien s’y mettre également. Pour l’instant, notre interlocuteur utilise un système différent : les chèques différés. Lorsqu’un client demande un prêt de plus de 100 000 pesos (1500 euros), il laisse plusieurs chèques portant chacun le montant de la mensualité. Ces derniers seront encaissés petit à petit par l’IMF, évitant encore une fois les déplacements et les transferts de cash.















salut johann
l’article est bien. je pense cependant qu’il y a une erreur dans les photos
ou vous en etes de votre tour du monde?
bonne chance et profitez en bien
j’en suis tres ravis, ce document est d’une tres grande importance .au fait pouraiss je avoir des documents portant sur la gestion de la clientelle dans les EMF