La microfinance au Chili a commencé au milieu des années 90. Au départ, il s’agissait d’un programme organisé par la banque de l’Etat du Chili, qui visait à sensibiliser 3 des principales banques commerciales du pays à la microfinance. Aujourd’hui encore, 90% de l’industrie (en terme d’actifs) est détenue par les banques.

Le prêt moyen est alors de 2000$, ce qui correspond à un prêt énorme pour la microfinance, comparable à ce qui se fait en France par exemple. Les 10% restants sont détenus par des ONG, pour lesquels le prêt moyen est de 200$. Les ONG sont concentrées dans le secteur des « plus pauvres », alors que les banques s’attaquent à une tranche supérieure.
Le gouvernement est très sensible à la microfinance. L’un des principaux exemples est un fonds qui a été mis en place pour accompagner les initiatives privées de microcrédit.
Pour chaque prêt, le gouvernement paye une partie des coûts opérationnels, ce qui permet de faciliter l’octroi de très petits prêts.

Note : Cette question est primordiale. Les coûts opérationnels sont moins élevés pour un prêt de 10 000$ que pour 100 prêts de 100$. C’est une des raisons pour lesquels les taux d’intérêts sont plus élevés dans le circuit du microcrédit que du crédit simple.

A Santiago, nous visitons l’IMF Fondo Esperanza, la plus importante du pays – si on exclut les banques commerciales – à la fois en terme d’actifs (4 000 000 $) que de clients (40 000). Son Directeur Général, Juan Cristobal Romero Buccicardi, nous explique qu’il utilise la méthode du “Village Bank”, basée sur la formation de groupes de 18 à 25 personnes ayant un projet d’entreprise et souhaitant obtenir un prêt. Chaque individu est ensuite solidairement responsable du paiement du crédit de tous les autres membres du groupe : si l’un ne paie pas, les autres paierons à sa place. La composante sociale est donc très importante : être en conflit avec sa banque est une chose, être en conflit avec les habitants de son village est plus lourde de conséquences.
Fondo Esperanza se développe sur quatre axes principaux :

•    développement personnel (convaincre les clients qu’ils sont capables de développer une entreprise)
•    éducation financière
•    gestion (marketing, comptabilité…)
•    éducation familiale

M. Buccicardi s’explique sur ce dernier point : « 80 % de nos clients sont des femmes. Elles doivent être entrepreneuses, mais également femmes de maison. Elles doivent combiner ces deux rôles. Il y a toujours des conflits entre ces deux « casquettes », et c’est à nous de résoudre ces conflits ».
Il semble difficile d’évaluer l’impact réel de ces formations. Pour l’étudier, il faudrait comparer un groupe de clients avec formation, et un groupe sans, ce qui est injuste. L’impact des services globaux proposés par Fondo Esperanza a, lui, été mesuré au travers de deux études successives. Le résultat est satisfaisant : en moyenne, les revenus des foyers augmentent de 70% les deux premières années.

Nous interrogeons ensuite notre interlocuteur sur l’épargne et l’assurance : « Il nous est impossible de proposer ce type de services, car la loi nous l’interdit. Mais nous savons que nos clients en ont besoin. Comment résoudre ce problème? En ce qui concerne l’épargne, nous jouons le rôle d’intermédiaire entre les banques – qui ont le droit de proposer de l’épargne – et les clients » explique M. Buccicardi, avant d’ajouter que ce programme est encore en phase pilote – il a 2 ans – et que 3000 clients en bénéficient pour l’instant.

« Cela marche très bien, nous allons continuer à proposer ce service » se félicite notre interlocuteur. Fondo Esperanza ne reçoit aucune commission d’intermédiation. Dans le cas de l’assurance, M. Buccicardi souhaitait lancer un plan similaire, même si les assurances coûtent très cher au Chili. Le tremblement de terre de 2010 a tout changé, et il doit remettre ses projets à plus tard.

A court terme « Nous souhaitions être indépendants financièrement d’ici à juin, mais nos plans doivent être remis à décembre à cause du tremblement de terre. 60% de notre portefeuille est situé dans la zone du tremblement, et nos avons dû prêter des fonds d’urgence en grande quantité. Notre risque, qui a toujours été très bas, est aujourd’hui de
20% » explique M. Buccicardi.
A moyen terme, M. Buccicardi souhaite développer de nouveaux produits.

Les clients de Fondo Esperanza se développent financièrement, et ont besoin de crédits que l’IMF ne leur propose pas encore : prêts individuels, prêts immobiliers…
L’épargne et l’assurance sont également des objectifs prioritaires.
A long terme, enfin, notre interlocuteur nous confit souhaiter atteindre 200 000 clients, avant de conclure, de façon plus personnelle :
« Je suis convaincu que la microfinance est le meilleur moyen de développer les villages des clients, en les laissant être acteurs de ce développement. Nous faisons une petite partie du travail, et eux font tout le reste. »