Lors d’un récent voyage en Amérique latine, j’ai profité de ma présence sur le continent pour faire un crochet par New York.
Vous vous dites peut-être que la raison principale était une conférence internationale pour y rencontrer des confrères travaillant sur ce marché. Loin de là ! Il existe à Manhattan un groupe de volontaires microfinance particulièrement actifs. Leur objectif est de prodiguer leurs compétences à des institutions dans des thématiques bancaires. Ce groupe, bien organisé, se réunit mensuellement pour des déjeuners afin d’échanger. Ils travaillent en liaison étroite avec Microfinance Sans Frontières (MFSF), l’association avec laquelle les actifs ou retraités de BNP Paribas (ou non) partent en mission à l’étranger.
Bien que ce groupe soit vraiment intéressant, la raison principale n’était pas non plus de déjeuner avec les membres du groupe. En réalité, il s’agissait de visiter l’une des toutes premières institutions de Microfinance implantées sur le sol US, Grameen America. Muhammad Yunus, prix Nobel de la paix 2006, fait partie des fondateurs et siège au conseil d’administration. Le groupe de volontaires qui avait établi un premier contact m’invitait à me rendre compte du travail sur le terrain accompli par cette IMF.

Cette ONG créée en 2008 s’est donnée comme but d’éradiquer la pauvreté aux Etats-Unis. Un projet ambitieux, certes, mais aussi tout un symbole car les pays émergents du sud viennent au secours du quart monde américain.
On estime en effet que 37 millions d’Américains vivent en dessous du seuil de pauvreté, défini à $ 22 000 (€17.844)par an par foyer. Les clients de Grameen America sont bien en dessous avec seulement $ 12 000 (€9.728). Ils reflètent d’ailleurs la diversité du pays avec des latinos, des Afro-Américains et des Asiatiques.
Cette initiative reste encore modeste. L’institution compte seulement 3000 clients et un portefeuille crédit de $ 2.3 millions (€1.864.575). Mais elle donne concrètement une opportunité de travailler aux défavorisés. Le prêt moyen est de $ 1 500 (€1.216) avec un taux d’intérêt effectif annuel à 15%, ce qui est extrêmement compétitif dans cette industrie.
Par ailleurs, aucune garantie n’est exigée.
Les managers, des expatriés du Bangladesh (eh oui!) m’ont expliqué que les groupes solidaires de 5 membres était difficiles à constituer au début. La méfiance était de mise chez les Américains ciblés qui flairaient une entourloupe avec un taux aussi bas. Depuis, la bouche-à-oreille fait son effet et une belle croissance est au rendez-vous.
En plus d’une insertion économique, ce modèle vise à intégrer financièrement ces Américains. Des accords ont été conclus avec quelques banques américaines pour leur ouvrir des comptes sans frais.
En effet, les clients de Grameen constituent pour la plupart leur première épargne car ils sont tenus de verser $2 minimum par semaine sur leurs comptes. Un historique des paiements est également fourni aux centrales de risques US pour attester de la capacité de paiement des clients Grameen lorsqu’ils rejoindront le système bancaire traditionnel. Enfin ils reçoivent également une éducation financière et des conseils pour leurs affaires.
Nous étudions actuellement les moyens de coopération Grameen America et BNP Paribas, en ayant à l’esprit ce qui a été fait par le passé avec l’Adie en France.
Enthousiaste, je me suis envolé pour le Mexique où j’ai rencontré une IMF pratiquant des taux d’intérêts de 100% par an aux plus défavorisés…















[...] – De la microfinance à New-York : pourquoi pas ? // 1 [...]