L’Argentine n’est pas un pays où la microfinance prospère, surtout comparée à ses voisins, la Bolivie et le Pérou.

Jusqu’au début des années 1990, les indicateurs de pauvreté argentins étaient bons, et il n’y avait qu’une demande marginale pour des produits de microfinance. Il faudra donc attendre la crise économique de 2001, principale responsable de l’expansion du nombre de personnes exclues du système bancaire, pour que des IMF (Institutions de Microfinance) d’envergure se développent, et que les banques commerciales s’intéressent à ce nouveau marché.

A Buenos Aires, nous visitons deux IMF.

La première, FIE Grand Poder est actuellement la principale IMF argentine. Elle propose à ses 9 000 clients une offre de microcrédit, mais aussi quelques services non financiers destinés à simplifier la vie, parmi lesquels :

Réduction des coûts de santé : dans les quartiers où elle opère, FIE a passé des accords avec certaines pharmacies afin de faire bénéficier ses clients de réduction sur le prix des médicaments. La pharmacie accepte de baisser ses marges sur une large gamme de produits de base mais aussi sur des produits plus spécifiques comme les traitements de maladie grave comme le Sida ou le cancer.

Microjustice : depuis peu, FIE travaille avec une ONG hollandaise spécialisée dans la justice afin d’aider ses clients à régulariser leur situation d’immigrants. En effet beaucoup de clients de l’IMF restent dans l’illégalité car ils ne s’occupent pas des démarches nécessaires pour obtenir la nationalité argentine. Il est facile d’immigrer en Argentine mais le processus réclame du temps et la rigidité administrative décourage les clients de FIE. Le service de microjustice désépaissit les étapes pour obtenir la nationalité argentine dans un premier temps, et la propriété légale de leurs biens dans un second temps.

Carte de microcrédit : FIE opère dans des quartiers sensibles de Buenos Aires et ses clients doivent souvent faire face à l’insécurité. Il est arrivé qu’un client ne puisse pas rembourser sa traite à cause d’une agression ou qu’il se fasse voler en sortant d’une agence avec l’argent de son prêt. L’IMF a le projet de proposer une carte de crédit et de retrait à sa clientèle afin de diminuer le risque de vols et donc le risque de non remboursement. Mais cette carte ne sera pas qu’un moyen de paiement pour le client, elle sera également un moyen pour lui d’épargner en transférant de l’argent sur un compte bancaire. FIE envisage également la possibilité d’effectuer des transferts internationaux par le biais de cette carte: avec 65% d’immigrants dans son portefeuille, faciliter l’envoi de devises à l’étranger représentera un avantage compétitif.

La seconde IMF, Cordial Microfinanza, possède la particularité d’appartenir au groupe bancaire Supervielle. Ainsi, au lieu d’ouvrir de nouvelles succursales, d’embaucher et de former plus de personnel, l’IMF a pour but de développer des branches de microfinance au sein même des agences Banco Supervielle déjà présentes dans tout le pays et ainsi réduire ses coûts d’investissement.

Un responsable de l’IMF, M. Serviddio, nous emmène visiter les « Ferias » de Buenos Aires, les marchés de nuit les plus importants du monde, autour desquels règne une misère sans nom.
C’est dans ces Ferias que la plupart des clients, ruraux et urbains, écoulent leurs produits. Justement, 50% des clients de Cordial ont des activités rurales, dans l’agriculture en majorité, et 50% ont des activités urbaines dans l’industrie du textile ou dans des commerces de proximité.

Les différences de terrain sont importantes entre ces deux catégories de clients : « On n’aborde pas un client dans la campagne de la même façon qu’en ville. Dans les campagnes ils sont beaucoup plus méfiants car personne n’est jamais venu leur proposer de l’aide ».

Les agents de crédit doivent être beaucoup plus diplomates et commencer par gagner la confiance des clients qui bien souvent les prennent « pour des agents du fisc! ». Il leur faut également détailler l’intérêt du microcrédit car, si en ville les clients sont familiers du système bancaire, en campagne les clients ne cernent pas forcément l’intérêt d’investir et d’épargner.

En revanche, l’un des points positifs de la microfinance rurale est son expansion rapide. Une fois installée, la microfinance se développe rapidement grâce au bouche à oreille qui fonctionne encore mieux qu’en ville, où « les circuits sont très fermés car les gens ne se connaissent pas tous ».