Le pays des superlatifs. C’est ce qu’indique, à juste titre, notre guide de voyage. Le pays le plus pauvre d’Amérique du Sud est également l’hôte des zones les plus hautes, les plus froides, les plus chaudes, les plus venteuses, les plus sèches et les plus humides de la planète. Et ce n’est pas tout, loin de là ! Nous avons le sentiment que nous utiliserons régulièrement les superlatifs pour vous conter notre périple dans cette région unique du globe, cette région de l’extrême.

En regardant la carte de ce pays méconnu, on se rend compte qu’il existe deux Bolivie : celle de l’Altiplano, à l’Ouest, cette plaine coincée entre les deux Cordillères, nichée à 4000m d’altitude, qui représente 1/3 du pays et fait rêver plus d’un voyageur ; celle de l’Amazonie, à l’Est, où les paysages se confondent avec ceux du Brésil, et qui s’étale sur la majeure partie du pays.
Nous avons commencé sur l’Altiplano, à la frontière argentine, pour finir au célèbre lac Titicaca, à la frontière péruvienne, d’où nous vous écrivons cette 9ème newsletter.

La frontière argentine donc, où nous prenons notre première claque : une foule de femmes en costume traditionnel se pressent dans les dédales du marché, les vendeurs à la sauvette crient de tout leur saoul, et la musique folklore retentit dans les rues, où règne un désordre certain. Cette fois, c’est sûr, nous sommes de retour dans les pays de grand voyage, où les repères sont minutieusement démontés les uns après les autres.

Après avoir interviewés quelques microentrepreneurs grâce à l’Institution de Microfinance (IMF) FIE, nous prenons la route pour le célèbre Salar d’Uyuni, le désert de sel, le plus vaste de la planète, et ça sera l’étape la plus éprouvante de notre voyage. Et de loin…

Trois étapes distinctes de 100 km. La première, Villazon (frontière) –Tupiza, nous semble relativement simple. Et pour cause : ça descend, jusqu’à l’altitude raisonnable de 2900m. Les premiers coups de pédale sur l’Altiplano nous rappellent néanmoins que l’oxygène fait défaut à 4000m : les poumons brûlent, et notre efficacité dans les petites côtes laisse à désirer.
Mais les paysages! Ce n’est pas tant cet environnement plat et vraisemblablement martien, teinté de rouge et de sable, surplombé par les monts de la Cordillère et par un ciel d’une pureté cristalline, presque palpable. Ce sont aussi des marées de cactus hauts comme des chênes, des pueblos perchés sur les falaises, un horizon qui s’étend à perte de vue et transforme chaque pause en un instant théâtral.
L’avantage du vélo : personne n’est là pour nous ramener à la réalité.
Nous campons sur la berge d’une rivière, il ne fait pas encore trop froid. Ce pays nous plaît.

Mais la route et les éléments deviennent de plus en plus difficiles et le moral commence à baisser : normal, nous ne dépassons pas les 40 km par jour, et les conditions climatiques s’intensifient.
Les informations que nous donnent les routiers ne sont jamais fiables, nous jouons aux ascenseurs émotionnels, et campons, à nouveau, au milieu de nulle part à 4300m d’altitude !

Nous nous demandions pourquoi l’Altiplano n’était pas plat : en fait, nous n’y étions pas à proprement parler. C’est en atteignant notre deuxième ville étape, Atocha, que nous prenons conscience de l’existence d’une plaine aux dimensions sidérantes, entourée par des sommets enneigés, où le vent souffle si fort que l’on ne peut laisser les vélos seuls, au risque de les voir tomber. Derniers efforts avant notre salut, nous sommes au bout du rouleau, et méritons bien une journée de repos dans cette ville-canyon (où nous regardons le match France/Mexique) avant de repartir pour la dernière étape, Atocha/Uyuni.

Cette fois, la Bolivie nous sort le grand jeu : le désert – le vrai, de sable! – perché sur l’Altiplano. Nos vélos s’enfoncent dans le chemin, le vent violent emporte avec lui des nuées de sable aveuglantes, nous n’envisageons même pas de planter la tente. Heureusement, Juan, un fermier au patois folklorique, même pour des bilingues affirmés comme nous, accepte de nous prêter un lopin de terre à l’abri pour la nuit.

Après ce sommeil dans le grand froid, nous atteignons le pueblo d’Uyuni, épuisés, nos jambes acceptant à peine de porter nos pauvres carcasses de cyclistes… Uyuni, nous le précisions au début, est connu pour son salar, le plus grand du monde. Une vision hallucinogène, une mer blanche qui brouille les sens, et nous permet de prendre quelques photos étranges…

S’ensuit la visite de Potosi – la ville la plus haute du monde (4100m), classée à l’UNESCO – et de ses mines d’argent, qui en firent un temps la cité la plus prolifère d’Amérique du Sud. Ses ruelles étaient paraît-il pavées d’argent.
Aujourd’hui, ne reste que l’horreur du travail des mineurs, dans un environnement brûlant et toxique, se réconfortant en mâchant la coca, en buvant de l’alcool à 96°, et dont l’espérance de vie ne dépasse pas les 40 ans.
Nous enchaînons sur la visite de Sucre, « la cité blanche » de Bolivie – elle aussi classée à l’UNESCO, qui non contente d’être un chef-d’oeuvre d’architecture coloniale, jouit d’une vie culturelle et nocturne trépidante : la plupart des étudiants boliviens vivent à Sucre, capitale non officielle du pays le plus pauvre d’Amérique du Sud. Nous y passons 4 jours fabuleux, avant de reprendre les vélos : direction La Paz!

Cette étape devait être longue : 500 km. Elle fut considérablement raccourcie par une épidémie de “salchipapas” – frites et saucisses – pas fraîches au sein du groupe. Tout le monde se fait avoir par la cuisine de rue : on sait pertinemment qu’il vaut mieux ne pas y toucher…et puis l’odeur, une petite faim…et c’est la fin!
D’aucuns diraient que La Paz n’a aucun intérêt touristique, comparé à Sucre par exemple, et qu’elle ne constitue qu’un point de chute idéal pour descendre dans la jungle Amazonienne, ou explorer l’Altiplano et le lac Titicaca. Selon nous, il faut avoir vu La Paz une fois dans sa vie. On ne pouvait pas imaginer pire endroit pour construire une ville : une cuvette aride, nichée à une altitude qui oblige à adopter l’attitude « take it easy », sans source d’eau – en tout cas nous n’en avons pas vu – et pourtant, elle fait preuve d’un développement réellement impressionnant, bien loin de l’image que l’on se fait de la Bolivie.

Nous prenons plaisir à flâner dans ses ruelles en pente, à découvrir son architecture coloniale, à nous confronter au chaos ambiant, à s’émerveiller du contraste entre les buildings et les éternelles vendeuses en costume traditionnel, et à profiter des panoramas saisissants qu’offre La Paz sur les montagnes alentours, et ce de pratiquement n’importe quel point de la ville : certaines sont éternellement blanches, d’autres envahies par des bidonvilles, toutes nous laissent une impression de majesté.
Enfin, nous finissons notre périple bolivien par le lac Titicaca – le lac navigable le plus haut du monde (3800m). Un dernier instant de répit, enchanteur – il ne pouvait pas en être autrement : allez voir le lac Titicaca! – avant de reprendre les vélos pour Puno, au Pérou.
Sur cette touche onirique s’achève l’un des parcours les plus marquants de notre tour du monde, dans un pays encore méconnu, difficile d’accès, mais qui récompense le voyageur par des paysages et des expériences d’une richesse inouïe!