Comme la Bolivie, le Pérou est un pays de microfinance. A vrai dire, les principes de la microfinance existent depuis des temps immémoriaux dans le pays, mais c’est réellement à partir des années 80, et surtout à partir des années 2000, que commence l’explosion du secteur de la microfinance, qui accompagne un véritable « boum » de l’économie péruvienne. Aujourd’hui, il existe plus de 4 millions de microentrepreneurs au Pérou, et 70% des personnes en âge de travailler le font dans une Petite et Moyenne Entreprise (PME).
Une visite de deux acteurs péruviens, diamétralement opposés dans les statuts, mais pas dans la philosophie, s’imposait.
Promujer, une ONG de Puno, grâce à qui nous avons rencontré trois microentrepreneuses, et la Caja Municipale de Arequipa (Caisse Municipale d’Arequipa, ou CMAC).

On dit aujourd’hui que la microfinance accompagne le développement et la croissance des microentrepreneurs. Dans le cas de Promujer, une IMF supranationale d’origine bolivienne, créée dans les années 90, et première ONG du pays, on recherche surtout un développement complet des clientes : « Nous utilisons la microfinance comme un outil afin que les personnes sortent de leur condition de pauvreté, de leur condition d’exclusion. Mais notre objectif n’est pas de maximiser nos revenus, ou d’avoir les meilleurs indicateurs » affirme Naldi N. Delgado Cruz, directrice national de Promujer.

De cette philosophie découle les deux « clés de voûte » de l’action Promujer : la formation et la santé.

Sur la formation : Naldi N. Delgado Cruz nous résume sa pensée: « Ce que recherche Promujer, c’est de renforcer les femmes. La formation est un outil qui nous permet de leur transmettre de l’information. Dans nos sessions de formation, nous échangeons sur des thèmes très différents: économie, santé, famille, politique… »
Les connaissances transmises lors de ces sessions sont de nature préventives. Promujer aide ses clientes à comprendre qu’en s’organisant mieux, on peut dépenser moins et gagner plus.

Sur la santé : l’objectif de Promujer n’est pas de créer des hôpitaux mais d’éduquer et d’inculquer certaines valeurs à ses clientes. « On leur explique comment s’occuper de leur corps pour avoir une bonne grossesse, on leur explique l’importance de l’éducation sexuelle pour les enfants. Une fois ces bases, ces fondations acquises, cela se traduit par une meilleure qualité de vie sur le long terme. » Dans chaque agence Promujer, il y a un centre d’attention médicale avec une infirmière. Dans ce centre les clientes et leur famille peuvent être reçues pour une consultation gratuite, se faire vacciner, poser des questions… Mais l’institution va plus loin en organisant des campagnes de santé.

Dans les villes ou les villages, Promujer installe une tente pour organiser des conférences et fait venir des ambulances pour prodiguer des soins. L’IMF dispose même de plusieurs véhicules médicaux qui sillonnent les campagnes et visitent les villages les plus éloignés: « Les habitants de ces villages ne peuvent jamais être soignés, ou alors il leur faut prendre un bus voire deux pour arriver dans un hôpital » … « Les ambulances Promujer ont un rôle très important pour les femmes de ces villages qui ne peuvent aller voir un gynécologue ou recevoir des soins dentaires » explique Mme Delgado Cruz, et de conclure : « Una mujer sana es una mujer sin limite » (une femme en bonne santé est une femme sans limite).

Chez CMAC, nous rencontrons Jaime Elard Guzman Ramos, chef de produits. Les caisses municipales ont été fondées dans toutes les villes importantes du Pérou. Ainsi il existe une Caja Municipale de Arequipa, une de Cusco, une de Trujillo. Ces Cajas sont dépendantes des municipalités et leur mission est de servir la communauté en appuyant les Petites et Moyennes Entreprises.

La différence entre une Caja Municipale et une Banque de Microfinance ne se trouve pas dans le fonctionnement ni dans les produits, mais plutôt dans la façon dont les bénéfices sont réinvestis. « L’argent généré par une banque est investi à Lima ou à l’étranger, cela dépend de la volonté des actionnaires. Tandis qu’avec les Cajas Municipales, cet argent est réinjecté dans l’économie locale » nous affirme M.Ramos.

Ce que souhaite avant tout démocratiser la CMAC, ce sont les services bancaires annexes comme, par exemple, la microépargne. « Beaucoup de clients de la Caja ne savent pas lire ou écrire mais nous leur expliquons l’intérêt d’épargner pour leur futur. » Parfois les dépôts sont très faibles, 50 soles (8€) mais c’est la démarche qui est la plus importante et qui est recherchée.

Prochain arrêt : Equateur !