C’est en juin 2008 que je découvre l’existence de Microfinance Sans Frontières (MFSF) au sein du Groupe BNP Paribas. Je m’intéressais à la microfinance depuis déjà 6 ans. En effet, en 2002, je souhaitais orienter ma carrière à l’international. J’ai donc contacté des ONG, passé des entretiens, mais sans succès faute d’expérience sur le terrain. C’est alors que je suis rentrée chez BNP Paribas pour un poste de Directeur d’agence dans le Maine-et-Loire.

En juin 2008, j’étais Responsable de l’agence de Vaison-la-Romaine et j’avais pris l’habitude de jeter régulièrement un œil sur notre intranet. On y trouve une mine d’informations pour son travail au quotidien mais aussi des informations sur les autres métiers de notre banque et notamment sur les activités hors frontières.

Ce jour-là mon œil s’arrête sur un dossier traitant de la microfinance à l’international et plus particulièrement du projet Microfinance Sans Frontières lancé par Benoît Monsaingeon, ancien Directeur de Territoire, retraité de BNP Paribas. Ce projet consiste à identifier des personnes qui pourraient apporter bénévolement leurs compétences professionnelles pour répondre à des besoins d’assistance technique émis par des Institutions de Microfinance (IMF) dans les pays émergents (organisation et informatique, contrôle et audit interne, formation, commercial, …).

Je me mets alors à rêver que je pourrais être l’une de ces bénévoles. 18 mois plus tard, le rêve devenait réalité et j’effectuais ma première mission au Burkina Faso avec MFSF pour le compte de l’ONG PAMIGA (Groupe Microfinance Participative pour l’Afrique). Cette ONG a été créée par le CIDR et plusieurs experts pour développer la microfinance en milieu rural africain. PAMIGA apporte des services techniques et financiers sur mesure, favorise l’innovation (nouveaux produits financiers, nouvelles technologies, gestion des risques, …), et participe également à la consolidation du secteur par la concentration et le regroupement d’IMF.

La mission qui m’a été confiée avait pour objet d’analyser les procédures d’octroi, de suivi et de gestion du crédit bancaire d’une association de Caisses Villageoises d’Epargne et de Crédit Autogéré (CVECA) de la région de la Boucle du Mouhoun, puis d’émettre des pistes d’amélioration de leur gestion des risques de crédit.

Il m’a donc fallu changer totalement d’environnement et appliquer des compétences acquises dans le domaine bancaire pour intervenir comme consultante auprès d’une institution de microfinance. Ce ne fut pas de tout repos !

Après une réunion de préparation avec MFSF et PAMIGA fixant les objectifs, le cahier des charges, les livrables et les détails logistiques, j’ai pu travailler de mon côté et m’immerger les quelques semaines précédant mon départ dans les rapports des précédentes missions. Cela m’a permis de m’imprégner du sujet et des problématiques de l’IMF en amont pour pouvoir être rapidement opérationnelle sur place. Les attentes dans les moyens de transport ne m’ont jamais paru aussi courtes !

Une fois sur place, j’ai été accueillie dès mon arrivée à l’hôtel le soir par l’équipe locale. Nous avons ainsi pu commencer à faire connaissance et à discuter de l’objet de la mission. Le lendemain, nous sommes partis en véhicule pour rejoindre la région où est basée l’association des caisses villageoises ce qui m’a permis de goûter à l’exotisme des transports locaux (pannes, etc.) et m’a permis de comprendre combien il est important d’être flexible et de savoir s’adapter pour faire un bon consultant en microfinance. 

Nous avons donc du adapter l’agenda de la mission en fonction des contraintes de transport. Plutôt que de commencer par l’analyse terrain, j’ai commencé par interviewer les différents intervenants dans la chaîne de décision. Le 1er jour, je me suis ainsi retrouvée face à 15 conseillers techniques dans l’attente de mes solutions à leurs problèmes… Cette première matinée fut difficile et j’ai eu peur de ne rien pouvoir leur apporter. Je posais des questions mais le débat sonnait creux. Je crois que dans l’instant, je n’avais pas suffisamment de recul.

Le lendemain nous nous sommes réunis à nouveau et là, le débat est devenu animé. Les conseillers ont exprimé les problèmes qu’ils rencontraient avec les caisses qu’ils animaient, nous avons hiérarchisé par ordre de priorité les différents problèmes et travaillé sur les procédures de crédit à modifier, les procédures à faire respecter scrupuleusement, …

Cela m’a permis par la suite de mettre à jour le manuel des procédures de crédit, d’élaborer une fiche d’aide à la décision d’accord ou de refus de crédit, de proposer et de renforcer les procédures d’octroi des crédits de montants plus importants, et de proposer de formaliser la prise des garanties de crédits.

Finalement, j’ai pu ainsi atteindre les objectifs fixés lors de la préparation de la mission malgré les imprévus et les modifications d’agendas survenues. Après avoir remis mon rapport de mission, nous nous sommes réunis avec les gens de MFSF et PAMIGA pour une réunion de restitution afin de valider les recommandations et de discuter de leur mise en application, des suites qui seront données à cette mission, etc. 

En conclusion, je dirais que cette expérience extra-professionnelle m’a permis de prendre du recul sur le métier que j’exerce au quotidien. Je suis revenue plus sereine et prête à attaquer mes problématiques journalières de façon posée, avec moins de stress. En outre, j’ai rencontré des gens très gentils, motivés pour échanger, curieux de notre façon de travailler et motivés pour améliorer la qualité de leur travail.

Alors que le monde de la finance traditionnelle est parfois bien ingrat, le fait de s’investir bénévolement sur une autre tâche permet de prendre du recul et de relativiser sur son métier. Ce type de mission permet de découvrir d’autres cultures, de voir que les priorités ne sont pas les mêmes que les nôtres, les manières de travailler non plus. C’est très enrichissant et cela permet de revenir à l’essentiel.

C’est une expérience que j’aimerais renouveler.