Fin des années 1970.
Pour accueillir les sortants de prison, les réfugiés et les premiers jeunes au chômage, François Marty fonde une communauté près de Calais, puis une scierie. La première entreprise d’insertion sociale de France est née. Une deuxième scierie en difficulté, spécialisée dans la fabrication de palettes, est rachetée. SPL (Scierie et Palettes du Littoral) est devenue aujourd’hui leader sur le marché de la palette.

Sous le Gouvernement Jospin, François Marty devient Conseiller et Chef de Cabinet du secrétaire d’Etat à l’Economie solidaire Guy Hascoët, et valorise dans la sphère publique son expérience de terrain en contribuant à rédiger les lois sur l’épargne solidaire et sur les sociétés coopératives d’intérêt collectif.

En 1988, il fonde les chantiers d’insertions du Chênelet, avec comme mission de faire construire des logements sociaux par des entreprises d’insertion.

Sa vision : permettre l’insertion par le travail de populations en difficulté (chômeurs de longue durée, sortants de prison) dans le secteur du bâtiment et construire des logements sociaux écologiques afin de limiter les charges locatives.

Son impact social : depuis 1986, 2000 personnes insérées grâce à son entreprise ; 64% de personnes retrouvent un emploi à l’issue des deux ans passés chez SPL.

François Marty, pouvez-vous nous parler de votre parcours atypique ?
Au départ, c’était un parcours d’échec. J’étais un jeune en difficulté, dans les quartiers, pas fait pour l’école. J’ai été retiré de mes parents à l’âge de 17 ans. Ce sont les moines de Tamié qui m’ont accueilli et appris à travailler. Avec ma femme, des copains et un vieux curé, on s’est occupé des premiers réfugiés à Calais, des premiers jeunes qui n’arrivaient pas à trouver de travail. On a cherché pour eux un métier qui fatiguait le corps et qui faisait du bruit : la construction de palettes. Car il y a un concept fondateur dans nos métiers : « si vous ne fatiguez pas les gens, c’est eux qui vous fatiguent ! » On a appris à bien bosser, mais sans modèle économique viable. Jusqu’à ce que je rencontre la famille Mulliez, qui m’a orienté vers un MBA à HEC. Mes études, couplées à ma connaissance du travail manuel, m’ont donné à la fois une forme d’inventivité et d’esprit pratique.

Justement, quel est ce moteur qui vous pousse à fréquenter des milieux si différents ?
Je trouve un apaisement, une force disponible en moi à chaque fois que je me dis « je ne vis pas pour rien ». Et pour moi, ne pas vivre pour rien, c’est faire des choses utiles, donner du travail à ceux qui n’en ont pas. Tous les gens qui nous rejoignent sont comme ça, de hauts profils qui divisent leur salaire par trois ou quatre pour se sentir utiles à la société. La vie peut nous filer entre les doigts, on rêve toujours qu’on fera quelque chose d’intéressant, en le remettant à demain. Or pour moi, le rêveur c’est celui qui vit à plein temps sa vie.

Le rêveur, quand il créé des entreprises, doit aussi s’y entendre en gestion. Quelle est votre recette en la matière ?
En dehors de la fabrication de palettes, nous construisons des logements sociaux à haute qualité environnementale. Puisque le logement social classique est grevé de surcoûts en matière de rénovation, de sécurité, d’éducation, le système actuel fabrique les pauvres de demain. Au contraire, notre ambition est de construire de belles maisons, avec de faibles charges, pour des gens pauvres. A Calais, des T5 sont construits à 250 000 euros, et font gagner 160 000 euros sur 40 ans : on est certes 20% plus chers qu’un logement social de mauvaise qualité, qui par ailleurs n’a pas créé d’emploi et génère beaucoup d’impayés et de travaux tout au long de l’année, mais dans nos maisons, les gens s’éclairent, se chauffent et ont de l’eau chaude pour 550 euros par an. On réapprend également à travailler avec les ressources locales. La paille, le chanvre, le peuplier sont utilisés pour la construction. Des plantes qui poussent dans le Pas-de-Calais sont cueillies pour fabriquer la toiture végétalisée. L’eau est récupérée systématiquement, et c’est autant d’économisé pour le réseau.
Nous avons également un projet en partenariat avec l’Union européenne. Il s’adresse aux jeunes en échec scolaire, qui ne savent soi-disant pas travailler, mais maîtrisent les jeux vidéos mieux que personne. On transforme certaines machines, notamment des scies, pour qu’elles puissent être conduites avec des joysticks de console. Et là où il fallait un an et demi d’apprentissage, les gars des quartiers, qui avaient connu l’échec dans leur scolarité, y arrivent en trois jours.

Phitrust et BNP Paribas Wealth Management sont des partenaires importants dans la vie de votre entreprise. Quel regard portez-vous sur leur action et sur celle des banquiers en général?
Les personnes de Phitrust accompagnent mon rêve sans le dénaturer. Ils m’écoutent et me posent les bonnes questions pour me permettre d’aller plus loin avec les bonnes méthodes. Ils me demandent de rendre compte : comme cela, j’avance en évitant certaines erreurs. Phitrust nous permet également d’élargir notre réseau de connaissances, de réalisations exemplaires.

Et puis, c’est une relation équitable, où chacun fait cheminer l’autre. Par exemple, Olivier Deguerre m’a fait comprendre l’intérêt d’offrir une rentabilité décente aux investisseurs. Quant à moi, je lui ai montré qu’il existait d’autres motivations que la rémunération financière pour attirer les hauts profils industriels et commerciaux. Je n’ai qu’à me louer de ma relation avec Phitrust. Nous partageons une amitié lucide, c’est très rare.

Par ailleurs, j’ai la chance d’avoir des banquiers qui acceptent mon modèle économique, en me disant simplement « vous êtes une entreprise qui créé de l’emploi, avec des performances financières correctes ». Et puis, les banquiers peuvent me mettent en relation : les clients qui ont satisfait leurs besoins de base veulent qu’une part de leur argent travaille utilement.

Des pistes existent d’ailleurs pour pousser encore plus loin le partenariat Phitrust – BNP Paribas. On pourrait créer une amicale de collaborateurs qui donneraient 3% de leur temps pour aider les entrepreneurs solidaires à trouver les familles, les fondations intéressées par leurs projets.

Réenchanter l’économie, c’est l’affaire de tous !

Visionnez le début du film « Les Défricheurs » de Marion Claus (une production Chasseur d’Etoiles avec la participation de Canal+) avec François Marty.

François Marty est un entrepreneur social financé par Phitrust Partenaires. Cet investissement dans l’entrepreneuriat social est proposé par BNP Paribas Wealth Management à ses clients.